mardi 29 juillet 2008

d'un ogre à l'autre : les bottes de sept lieues





Et elle y met tant d'entrain que bientôt, oubliant l'ogre, les seize enfants mènent ensemble une vraie sarabande. Au milieu de la pièce est un immense lit où les filles de l'ogre ont l'habitude de dormir ensemble. Quand leur mère vient leur dire bonsoir, elle trouve douze enfants endormis pêle-mêle tout habillés. Seuls veillent encore Aude et le garçon de son âge, qui se tiennent par la main, ainsi que Morgane et Kévin.


- Votre père s'est endormi dans le fauteuil, dit-elle à sa fille. Mais je crains quand il s'éveillera qu'il ne change d'avis et je n'ose prendre la clef dans sa poche car il est assis dessus.


- Il faut empiler des casseroles derrière la porte de la chambre, dit Morgane. S'il veut entrer le bruit nous réveillera.


Aude répète pour sa mère qui répond :

- Et moi aussi, et je lui rappellerai sa promesse… quoiqu'il n'ait rien promis !

La porte fermée avec son signal d'alarme, ils ont un peu poussé les autres pour se faire de la place, et ils se sont endormis.


Un vacarme de casseroles renversées les réveille soudain. Les voilà tous debout et tremblants de peur. Par la fenêtre on voit le jour poindre mais elle a des barreaux. Point de salut de ce côté.

- Hé bien, Messire mon mari ! crie la voix de la mère. N'avez-vous point de honte de faire ce vacarme ? Laissez donc dormir vos filles et ces enfants que vous avez promis de leur laisser pour jouer jusqu'à ce qu'elles n'en veuillent plus, et venez vous coucher !

- Si vous gardez vos bottes, ôtez donc votre habit, vous en dormirez mieux, reprend plus bas la voix après quelques instants.

- La clef ! Je vais pouvoir aller la prendre dans sa poche puisqu'il ne me voit pas, dit Kévin en ôtant son froc. Et dès qu'il dormira nous sortirons.

- Mais nous n'aurons pas le temps d'aller bien loin avant qu'il se réveille et il nous rattrapera, dit Poucet tristement.

- J'ai une idée, dit Ginette. Allons tout droit à la rivière. C'est tout naturel pour jouer, ainsi il ne pourra pas être fâché contre nous, et dans l'eau il ne viendra pas vous chercher !

- En tout cas ça gagnera déjà du temps, dit Morgane. Et pour la suite, on verra.


Quand Kévin arrive dans la chambre de l'ogre, sa femme lui fait discrètement signe d'attendre. Elle l'a donc vu ? Sans doute, complice des enfants, a-t-elle retrouvé son âme d'autrefois ! Elle peut donc aussi l'entendre, et il en profite pour lui expliquer ce qu'ils ont décidé. Un instant plus tard l'ogre ronfle, et sa femme fait signe à Kévin qu'il peut prendre la clef sans danger.


Il s'est rhabillé, car le petit matin n'est pas chaud, et derrière Morgane et lui se tenant par la main, sept couples d'enfants se glissent sans bruit dehors.

Cinq minutes plus tard les voilà au bord de l'eau.

- Il faudrait y entrer sans trop tarder, dit Ginette en commençant à se déshabiller. Quand il se réveillera et s'apercevra que nous sommes partis, avec ses bottes notre père sera ici en un instant. Nous n'aurons pas le temps de le voir arriver.

- Mais il fait froid ! proteste Aude !

- Entre dans l'eau toute habillée si tu veux, répond Ginette. Tu n'auras qu'à retrousser ta jupe et rester près du bord. Toi, on sait que parfois tu ne te baignes pas. Mais pour nous autres, si nous ne faisons pas comme d'habitude ça n'aura pas l'air naturel.

- Elle a raison, dit Béatrice, en se déshabillant à son tour. Allez, tout le monde à l'eau ! D'ailleurs voici un petit vent tiède qui se lève Tu n'aurais pas froid, Aude, mais si tu as une autre raison…

- Je resterai près de toi si tu veux bien, propose l'aîné des garçons en ôtant ses sabots.

Morgane et Kévin cachent leurs frocs sous une pierre et voilà quatorze enfants qui plongent dans l'eau claire du bassin tandis que du bord les deux aînés les regardent jouer.


Le soleil est levé depuis une heure peut-être quand dans un fracas de branches brisées l'ogre atterrit soudain à quelques pas d'eux. Il tient à la main son grand coutelas et Aude entraîne prestement son ami dans le bassin. Ils n'ont de l'eau que jusqu'à mi-jambe, mais ils sont assez loin du bord pour que l'ogre ne puisse les toucher sans se mouiller.

- Que fais-tu avec ce coutelas ? Tu avais promis de nous laisser ces garçons pour jouer, crie Ginette, depuis le milieu du bassin.

L'ogre hésite quelques secondes.

- Passe pour les autres, dit-il enfin. Mais Aude est trop grande pour jouer, la preuve est qu'elle ne se baigne pas avec vous. Alors le sien, je le veux !

- Ce n'est pas juste, et moi, je veux garder Jehan, proteste sa fille aînée en se cramponnant à son bras.

Mais le garçon court se mettre sous la cascade en s'écriant :

- Viens me chercher si tu veux, méchant ogre !

À part Aude, qui n'ose se mouiller davantage, tous les enfants se sont groupés autour de lui, sauf Morgane et Kévin qui, profitant de leur invisibilité, ont entrepris de passer derrière l'ogre. Celui-ci hésite un moment mais la colère l'envahit. Finalement il retire ses bottes en hurlant :

- Crois-tu donc m'échapper ?

Il recule de quelques pas pour les poser au pied d'un chêne. Après quoi, pieds nus, il entre dans l'eau, puis s'arrête.

- Si quelqu'un s'approche de mes bottes je le tue dans l'instant, quand bien même ce serait une de mes filles, prévient-il avant d'aller plus avant.


Derrière lui, Morgane et Kévin n'ont plus que quelques pas à faire. L'ogre, couteau levé, s'approche de Jehan qui ne sait plus comment fuir. Kévin saisit une botte, Morgane l'autre. "Au voleur !" crient les bottes, mais le bruit de la cascade empêche leur maître de les entendre. Au moment où il saisit Jehan, les bottes maléfiques jetées dans l'eau disparaissent dans un tourbillon de vapeur.


Au même instant, l'ogre s'immobilise, regarde sa main gauche qui tient le bras de Jehan, la droite qui tient le coutelas et soudain, le jetant loin de lui il s'écrie :

- Où suis-je, et qu'allais-je faire ? Que m'est-il donc arrivé ?

- Gagné ! dit Morgane.

Mais voilà qu'à l'endroit où le coutelas de l'ogre a touché le sol un enfant apparaît, puis un autre et encore un autre…

- Tu vois que c'était possible ! dit Kévin, tandis que d'autres enfants encore apparaissent. Cette fois c'est gagné pour de bon !


Sur la plage, devant un dessin maladroitement tracé dans le sable humide qui ressemble vaguement à un chat, les deux enfants se regardent.

- Tu crois qu'il faut leur raconter ? demande Morgane en montrant ses parents du menton.

- Cette fois ils vont pas nous croire, répond Kévin. On ferait mieux d'aller se baigner tout de suite !

Ils font quelques pas tandis qu'une vaguelette efface le dessin.

- Tu as quelque chose dans les cheveux, remarque Kévin. Tiens ! Une feuille de chêne !


d'un ogre à l'autre: les filles de l'ogre


Ce sont bien six fillettes qu'ils découvrent en train de jouer à s'éclabousser au pied de la cascade. L'aînée peut avoir douze ans et la plus jeune sept, ou peut-être moins car elle est bien petite. Assise sous un chêne auprès de chemises jetées en désordre, une adolescente vêtue avec soin est occupée à se coiffer.

Tandis que Morgane et Kévin restent encore à l'abri d'un buisson, hésitants, la plus petite des fillettes les aperçoit. Elle étouffe un cri, s'assure d'un coup d'œil que ses sœurs ne l'ont pas remarqué puis s'approche d'eux en leur faisant signe de rester cachés.


- Petits moines, leur dit-elle, vous ne pouvez pas rester ici ! Fuyez au plus vite ! Notre père l'ogre n'est pas là pour l'instant, mais s'il sent votre odeur quand il reviendra il vous trouvera et vous dévorera.

- Non car il ne nous verra pas. Sans nos vêtements nous sommes invisibles pour les grands, répond Morgane en rejetant son capuchon, imitée aussitôt par Kévin.

- Une fille et un garçon ! Et que les grands ne peuvent voir ? Mais que faites-vous ici ?

- Nous voulons délivrer ton père du sortilège qui en a fait un ogre. Nous le pourrons si vous nous aidez, toi et tes sœurs. Je crois que vous le voulez puisque tu viens d'essayer de nous sauver, répond Kévin.

- Oh oui nous le voulons. Sauf peut-être Aude, notre sœur aînée, qui est étrange depuis quelque temps. Parfois elle joue avec nous comme naguère et parfois elle dit qu'elle ne peut pas se baigner et elle fait la dame.

- Si son âme n'est plus celle d'un enfant elle ne nous verra pas quand nous serons nus. Il suffira donc de ne rien lui dire : on devrait pouvoir réussir sans elle, dit Morgane.

- Je vais parler aux autres reprend la petite. Attendez que je vous fasse signe et puis rejoignez-nous dans l'eau, car si nous venions sur la berge, notre sœur aînée se demanderait pourquoi : vous nous expliquerez votre plan. Pour elle ensuite, nous verrons bien. Au fait, Moi c'est Géraldine mais on m'appelle Ginette, et mes autres sœurs s'appellent Béatrice, Charlotte, Désirée, Émilie et Fanny, dans l'ordre alphabétique. Et vous ?


- De plan, avoue Morgane deux minutes plus tard aux fillettes qui les entourent, nous n'en avons pas encore. Nous savons seulement que ce sont les bottes de sept lieues qui ont ensorcelé votre père et qu'il sera libéré si on peut les détruire, mais nous ne savons pas comment.

- Nous ne savons pas non plus, dit Béatrice. Nous avons déjà essayé de les prendre pour les cacher pendant qu'il dormait. Mais elles l'ont réveillé en criant au voleur ! Il nous a fort grondées et depuis il ne les quitte plus ni le jour ni la nuit.

- Sauf peut-être quand il est seul, dit Charlotte. Mais cela, évidemment, nous ne pouvons pas le savoir.

- Nous, nous pourrons, remarque Kévin, puisqu'il ne nous verra pas. Mais si elles crient au voleur …

- Ce qu'il faut en attendant, c'est que vous nous accompagniez à la maison. Notre mère ne vous verra pas non plus, mais elle nous aidera, dit Désirée.


Et voilà les six fillettes qui regagnent la berge. Chacune retrouve à grand peine la chemise à sa taille et s'en rhabille en riant.

- Nous ne mettons pas d'autres vêtements quand nous venons nous baigner, explique étourdiment la petite Ginette.

- À qui donc parles-tu ? demande la sœur aînée. T'es-tu donc encore inventé des amis, petite sotte ?

- Et si c'étaient des amis qui puissent libérer notre père de son enchantement, répond la petite, ne serais-tu pas bien aise ?

- À quoi rêves-tu encore ? Tu sais bien que cela ne se peut, dit Aude tristement.

- Mais le voudrais-tu ?

- Hélas, oui ! De tout mon cœur ! répond-elle gravement, le visage soudain changé. Mais qu'est ceci ? Quels sont donc ces deux enfants que je ne voyais pas ?

- Tu as retrouvé ton âme d'enfant ! s'écrie Morgane. Tu vas donc pouvoir nous aider, toi aussi !

Mise à son tour au courant, l'adolescente réfléchit.

- Il me demande parfois de nettoyer ses bottes quand elles sont crottées, dit-elle enfin. Mais il prend soin de ne m'en donner qu'une seule à la fois et … Cela peut-être pourrait servir : je puis utiliser de l'eau pour en en ôter la boue, mais il m'a avertie sévèrement de prendre garde à ne jamais en mouiller l'intérieur.

- Crois-tu que l'eau pourrait les détruire ? demande Kévin.

- Elles viennent de l'enfer, intervient la petite. Le feu n'aime pas l'eau !

- Il faudrait attendre l'occasion, reprend l'aînée … Essayer de l'attirer ici peut-être … Je me souviens que quand j'étais petite, avant qu'il eût ces bottes, il se baignait parfois avec nous. Mais depuis qu'il les a il ne s'approche plus de la rivière.

- Allons l'attendre dans votre maison, propose Morgane. Nous ne risquerons rien puisqu'il ne nous verra pas. Il faudra seulement prendre garde de ne pas nous parler en sa présence.

- Et vous mettre un peu de l'eau de senteur de notre mère afin qu'il ne renifle pas votre odeur, ajoute Émilie en tirant Kévin par la main.

- On ferait quand même peut-être bien de remettre nos frocs en attendant, tant que l'ogre n'est pas là, propose Morgane.

- Tu as raison, répond Kévin en enfilant le sien. Les filles passeront devant et s'il était là elles nous avertiraient. Et pour leur mère, puisque de toutes façons il faut qu'elles lui expliquent, ça ne devrait pas lui faire trop peur de voir des moines sans tête !

Pour se rhabiller il a lâché la main d'Émilie. Il reprend maintenant celle de Morgane et elle aime mieux ça. Émilie paraît avoir entre neuf et dix ans, comme eux, et elle est beaucoup trop jolie.


- J'aimerais bien aussi que ces enfants dont je ne vois pas les visages puissent délivrer votre père, dit la mère quand elle parvient à comprendre ce que ses filles lui expliquent toutes à la fois. Je le préférais autrefois car il était plus doux avec moi. Et que nous servent les trésors qu'il a amassés quand nous ne pouvons sortir de cette forêt ? Et puis j'ai grand pitié des petits enfants qu'il a dévorés. Donnez donc à ceux-ci de cette eau de senteur, vous qui les voyez, car s'il humait celle de leur chair fraîche il pourrait les trouver à tâtons. Et puis soupons sans l'attendre : il n'aime pas la soupe de légumes que je vous ai préparée et je ne sais quand il rentrera.

Mais alors qu'on va se mettre à table, on entend frapper à la porte. Sept garçons sont là et c'est le plus petit qui les mène.

- Le Petit Poucet ! s'exclament en chœur Morgane et Kévin.

- Vous les connaissez donc ? s'étonne Fanny.

- Ils ne nous connaissent pas, mais nous connaissons l'histoire et … ça se complique ! répond Kévin.

- Votre père ne va pas tarder et il est trop tard pour les faire fuir : il sentirait leur odeur et les rattraperait continue Morgane sans plus d'explications. Et quand il sera là, on va presque plus pouvoir vous parler puisque vous ne pourrez pas nous répondre. Alors rappelez-vous ça : il faut absolument gagner du temps.

- Puis dites à votre mère de lui servir beaucoup de vin pour qu'il dorme, enchaîne Kévin. Et quand il dormira il faudra faire attention : s'il se réveillait dans la nuit, il pourrait être dangereux.

- Après, il faudra trouver une idée, conclut Morgane.

La femme de l'ogre sert de la soupe au Petit Poucet et à ses frères, bien étonnés de voir là, auprès des sept filles et de leur mère, deux petits moines à qui l'on semble obéir et dont l'un a un visage de fille. Les garçons poussent des cris de terreur quand on leur explique la situation. Mais le Petit Poucet les calme.

- Que pouvons-nous faire ? demande-t-il.

- Vous cacher dans la chambre voisine qui est la nôtre, répond Aude.

- Et attendre aussi calmement que vous pourrez en nous faisant confiance, ajoute Morgane.


À peine y sont-ils et a-t-on fait disparaître les traces du souper, Morgane et Kévin les y rejoignent car voici l'ogre qui rentre chez lui. Il embrasse sa femme et ses filles comme un bon père de famille, mais soudain sa narine frémit.

- Ça sent la chair fraîche ! grogne-t-il en se dirigeant vers la chambre.

Mais voilà que ses filles lui barrent le passage en se pendant à son cou.

- Mon petit Papa, assieds-toi et écoute-nous ! dit Ginette, tandis que les autres s'accrochent à lui en le tirant vers un fauteuil. Nous avons trouvé sept petit garçons. Il y en a un de la taille de chacune de nous. Alors laisse les nous un peu pour jouer avec ! Tu les mangeras quand ils ne nous amuseront plus !

- Pour ce soir je vous ai accommodé le sanglier que vous me rapportâtes hier, renchérit la mère.

- Est-elle futée, cette petite ! sourit l'ogre. C'est vrai qu'on peut bien faire comme les chats qui jouent un peu avec leurs proies avant de les manger. Mais il ne s'agit pas de les laisser s'enfuir, ajoute-t-il en fermant la porte et en mettant la clef dans sa poche. Allons petites, allez vous amuser ! Et toi, femme, sers moi à boire !

Les filles se dépêchent d'aller dans leur chambre où, malgré les efforts de Morgane et Kévin pour les rassurer, les sept garçons se serrent, mourant de peur.

- Allez, on joue ! dit la petite en refermant la porte.



d'un ogre à l'autre : en remontant la rivière


Cette fois on en finit avec cette histoire, mais en trois morceaux parce que ... je ne suis pas encore très à l'aise pour placer les illustrations !






Ils ont traversé la ville tête baissée et les mains cachées dans les manches, sans trop oser regarder autour d'eux, et personne ne les a remarqués. Quand ils sont arrivés à la rivière ils n'ont eu qu'à observer le sens du courant pour savoir quelle direction prendre et les voilà dans la campagne.


Le soleil est haut dans le ciel et il fait chaud sous ces frocs dont l'étoffe rugueuse gratte leur peau, mais on peut encore rencontrer des gens et il faut les supporter. Ils ont failli céder à la tentation quand un groupe d'enfants qui se baignaient dans la rivière leur ont crié :

- Venez donc vous baigner avec nous petits moines ! L'abbé n'en saura rien !

Mais Kévin a arrêté Morgane :

On peut pas ! Ils vont voir que tu es une fille !

- Tu as raison, a reconnu Morgane. Mais quand on sera dans la forêt et qu'il n'y aura plus personne pour nous voir on pourra quand même en profiter pour se rafraîchir !


Et c'est ce qu'ils ont fait. Mais ils savent que le chemin sera long et qu'il ne faut pas s'attarder.

De chemin, d'ailleurs, il n'y en a plus au bord de la rivière et pour traverser les fourrés ils ne regrettent pas d'être protégés par la bure, dont ils ont seulement rejeté en arrière le capuchon pour mieux voir autour d'eux. Parfois l'autre rive paraît plus hospitalière. Si l'eau n'est pas trop profonde, ils traversent alors, tenant frocs et sandales au sec au-dessus de leurs têtes, mais sans s'attarder car le soleil ne traverse pas les feuillages et ils n'ont plus trop chaud. L'important est de ne pas s'éloigner de la rivière qui doit les conduire à l'ogre.

- Tu sais comment on va faire ? a demandé Morgane.

- On verra bien, a répondu Kévin.

Et ils n'en ont plus parlé, n'échangeant plus que des sourires quand ils s'entraident dans les passages difficiles. Le voyage se poursuit du reste sans autre incident que parfois une biche qui vient boire avec son faon, un raton laveur ou une loutre qui plonge.


Enfin, alors que le jour baisse, voici dans une clairière la cabane de charbonniers. Personne dedans ni à l'entour : ils vont pouvoir y dormir. La source est là, pour se désaltérer, les galettes apaisent leur faim et ils se couchent, côte à côte, dans leurs frocs qui les protègent de la fraîcheur de la nuit, se tenant par la main pour se rassurer. Parce que tout de même, l'obscurité de plus en plus épaisse, ça fait un peu peur, et on n'a pas eu les bisous de Papa et Maman pour s'endormir tranquilles. Alors on en échange deux pour remplacer, et on se serre un peu l'un contre l'autre. Et comme la journée a été fatigante, sitôt les yeux fermés on s'enfonce dans un sommeil sans rêves.


C'est le chant des oiseaux qui les réveille. Ils sortent en s'étirant, faisant fuir un renard qui passait par là. Un peu d'eau de la source qu'on s'amuse à boire chacun dans le creux des mains de l'autre, une galette, un brin de toilette dans la rivière et il n'y a plus qu'à repartir dans le sous-bois qui, de plus en plus, monte parmi les rochers. Au-dessus du torrent dont l'eau claire et vive les désaltère quand ils ont soif, le soleil qui perce les feuillages est de plus en plus haut. Lorsqu'il est au zénith, les enfants se reposent un moment et mangent leur dernière galette avant de reprendre leur marche difficile. Deux heures, peut-être trois. Au loin un grondement continu : la cascade sans doute. Mais aussi, émergeant de temps à autre de sa monotonie, des cris d'enfants qui jouent.

- Tu crois que ce sont les filles de l'ogre ? demande Kévin.

- Ben … À cet endroit … Ce serait bien de leur parler si leur père est pas avec elles.

- Oui. Mais il faut y aller en faisant attention. On sait pas comment elles vont réagir ! Qu'est-ce que tu en penses : avec ou sans le froc ?

- On s'approche avec : on sait pas si elles sont seules.

- Si l'ogre y est, il faut pas qu'il nous voie !

- Non, mais de toutes façons ses filles, ça va quand même les étonner de nous voir arriver, et encore plus si on est tout nus ! Elles vont pas rester sans rien dire ! Alors on s'approche habillés en essayant de pas se faire remarquer et on verra bien après, conclut Morgane.





lundi 28 juillet 2008

d'un ogre à l'autre : le chat botté



La pièce est petite mais les lambris sont riches. Et au milieu, roulé en rond sur un coussin de velours, le nez dans les pattes et ses bottes posées à côté de lui, le Chat Botté dort comme un chat ordinaire.
- Tu crois qu'on peut le caresser ? demande Morgane.- Ça le vexerait peut-être, répond Kévin.Et là-dessus le Chat entrouvre un œil, puis s'étire en baillant avant de s'asseoir.- Tiens c'est vous ? Vous avez donc une idée ? Mais…vous êtes donc toujours tout nus ?
- Pas toujours, répond Morgane. C'est parce qu'on était sur la plage…
- Et puis parce que quand on n'est pas tout nus, ça marche pas ton truc, pour venir ici, ajoute Kévin.
- Vraiment ? reprend le Chat. Et vous vous sentez à l'aise ?
Les enfants se consultent du regard.
- Pas vraiment conclut Morgane. Ici il ne fait pas chaud et j'imagine que personne n'est tout nu, alors… Avec ceux qui nous voient pas, ça va, on sait que c'est grâce à ça qu'ils peuvent pas nous empêcher de faire ce qu'on veut, mais…
- Il y a quand même les enfants et ceux qui ont une âme d'enfant qui peuvent nous voir, alors nous tout nus et eux habillés ça va nous faire drôle complète Kévin.
- Cela fait fort peu de monde ici, observe le Chat, cependant si vous en êtes ennuyés, on peut y remédier.
- Seulement si on est habillés tout le monde nous verra, reprend Morgane.
- Si peu ! dit le Chat. Il y a dans le couvent ici près des petits novices qui ne sont guère plus grands que vous. Avec leur froc et leurs sandales, tête baissée sous la capuche et mains croisées dans les manches, vous passerez inaperçus. Personne ne songera à vous dévisager. Je peux en envoyer quérir. Attendez moi un instant.
- Voilà qui est fait et nous aurons vos frocs tout à l'heure, reprend-il en revenant. Mais dites moi donc votre idée.
- Voilà qui n'est point sot, approuve-t-il après les avoir écoutés. Reste à organiser la chose. D'abord, aller voir mon m… ami. Il doit être à son cabinet, en train de travailler. Car il travaille, le brave garçon, pour se mettre au courant des affaires du royaume. Il lit avec application les rapports que le Roi lui a fait préparer, lui qui savait à peine lire. Notez bien que le Roi ne lit guère mieux. Il s'est informé au jour le jour en écoutant ses ministres. Mais il veut que l'époux de sa fille soit préparé à lui succéder et mon ami s'applique au point que la princesse se plaint parfois qu'il la néglige. Allons donc lui rendre visite. Ne craignez rien, nous ne rencontrerons point ici d'enfants et avant lui personne certes qui en ait l'âme. Il sera seul car il défend qu'on le dérange. Mais la défense ne vaut pas pour moi, naturellement.
Quand ils se sont vus habillés de frocs juste assez grands pour traîner presque par terre et cacher leurs pieds quand ils marchent, Morgane et Kévin ont éclaté de rire.
- Bonjour mon frère a dit Morgane en s'inclinant devant Kévin.
- Bonjour ma sœur a répondu Kévin de même.
- Attention ! a dit le Chat. Les adultes ordinaires ne vous entendent pas, ce qui n'est pas grave, car s'ils venaient à vous parler ils penseraient que vous avez fait vœu de silence. Mais si des enfants vous entendaient ils seraient surpris car les petits moines qui portent cet habit sont tous des garçons. Il vaudrait mieux que personne ne se pose de questions à votre sujet.
- Bonjour mon frère alors, rectifie Kévin en s'inclinant à nouveau.
Et Morgane éclate de rire.


Dans le couloir ils n'ont rencontré que des courtisans qui ont salué bien bas Messire Chat à son passage sans prêter aucune attention aux petits moines qui l'accompagnaient. Puis, arrivé devant la porte du cabinet où travaille Monseigneur le Marquis, gendre de Sa Majesté, le Chat Botté miaule, comme n'importe quel chat quand il veut qu'on lui ouvre, et presque aussitôt Monseigneur vient lui ouvrir.
- C'est toi ? dit-il – un peu sottement car qui d'autre miaulerait ? – Mais quels sont donc ces moinillons qui t'accompagnent ?
- Entrons d'abord nous expliquer, répond le Chat.
Et comme, sitôt la porte refermée, Kévin et Morgane rejettent en arrière leurs capuches,
- Les jolis enfants ! s'exclame le Marquis. Mais l'un d'eux a bien l'air d'une fille et l'on n'en reçoit pas d'ordinaire sous cet habit. Serait-ce un déguisement ? Est-ce encore l'un de tes tours ?
- Je vous l'avais bien dit qu'il a une âme d'enfant dit le Chat se retournant vers eux.

- C'est fort aimable à vous, gentils enfants de prendre soin de mon bonheur, conclut le Marquis après les avoir écoutés. Mais Chat, mon ami, si c'est pour cela que tu me demandais de réfléchir, j'aurais pu sans attendre dire la vérité à ma Princesse. Sans nul doute elle a gardé son âme d'enfant, malgré les intrigues au milieu desquelles elle a grandi, car cette âme est la plus belle qu'on puisse rencontrer.
- Vous le pensez, mon ami, car vous l'aimez, dit le Chat. Mais on apprend le mensonge aux princesses et l'amour est aveugle. C'est pour la grande fortune que je vous ai fait hériter de l'ogre magicien que le Roi vous a voulu pour gendre. Et peut-être la Princesse ne fait-elle que feindre pour lui plaire. Pourquoi refuser l'épreuve ? Craindriez-vous la vérité ?
- En aucune façon, répond le Marquis qui commence à pratiquer le beau langage. Mais il faudra que nous la rencontrions seule, car elle a auprès d'elle, en ses appartements, quelques très jeunes filles qui elles aussi paraissent pures comme les enfants qu'à peine elles ont cessé d'être, et tout ceci n'est point pour être ébruité. Cependant on sait à la cour que nous aimons, la Princesse et moi, nous promener seuls dans le jardin qui est sous cette fenêtre. Veillez y donc, et quand vous nous y verrez, venez nous y rejoindre s'il vous plaît.

- Il est sympa ton m…marquis, dit Kévin quand il est sorti.
- Sympa ? s'étonne le Chat. Qu'est-ce à dire ?
- Tu vois, toi aussi des fois tu comprends pas nos mots ! observe Morgane. Sympa ça veut dire… qu'on l'aime bien. Que les gens doivent avoir envie de l'aimer.
- Sans doute, sans doute. Mais la princesse… La princesse adore ses petits chiens. Comment peut-on adorer des petits chiens ? Alors moi, je me méfie !
Les enfants éclatent de rire et le Chat a l'air vexé. Le silence s'installe.
- C'est long, dit Kévin au bout de cinq minutes.
- Les enfants manquent toujours de patience, remarque le Chat d'un air pincé. Dès qu'ils seront dans le jardin, ça va aller très vite. Nous y allons, la princesse vous voit … ou ne vous voit pas, de toutes façons votre mission est accomplie et vous vous retrouvez chez vous !
- Sauf que … Il y a un autre conte dont on voudrait changer la fin, dit Morgane.
- Oui, explique Kévin. Le Petit Poucet !
- On voudrait pas que l'ogre tue ses filles, précise Morgane.
- Vous préférez qu'il mange le Petit Poucet et ses frères ? s'étonne le Chat.
- Non, bien sûr, mais qu'il tue pas ses filles insiste Morgane. Il les aime. Peut-être que si elles lui demandaient gentiment de pas tuer les sept garçons il accepterait. Moi, mon père…
- Mais ton père n'est pas un ogre, voyons !
- Ben… un peu quand même plaide Kévin. Et il est très gentil.
- Nous réfléchirons à cela tout à l'heure… si vous êtes encore là, coupe le Chat. Les voilà seuls dans le jardin. C'est à nous. Ou plutôt à vous.

Tandis qu'une haie les cache encore à ses yeux et à ceux de la princesse, les enfants entendent le marquis lui demander :
- Ma princesse, m'aimeriez-vous encore si je vous avais menti ?
- M'aimez-vous, mon doux ami ? répond la princesse gravement.
- Plus que ma vie en vérité.
- J'ai grandi entourée de mensonges et cette vérité-là seule m'importe.
- Je peux donc tout vous dire et point n'est besoin de ces gentils enfants, triomphe le Marquis, les voyant s'approcher.
- Ils sont bien jolis en effet, dit la princesse alors qu'ils rejettent leur capuche. Mais que fait donc une fillette sous cet habit de moine et pourquoi nous les amenez-vous Messire Chat ?
- Me croirez-vous ma mie si je vous dis qu'ils viennent d'un autre monde pour m'aider à ne plus vous mentir ? reprend le Marquis.
- Il faut bien que je vous croie puisque vous voulez ne plus me mentir. Mais qu'était-ce donc que ce mensonge dont vous me parliez ?
- Me pardonnerez-vous ma princesse ? Sachez que je ne suis point né marquis mais le fils d'un meunier et que c'est aux tours de Messire Chat que je dois ma fortune.
- N'est-ce donc que cela ? Et qu'ai-je donc fait pour naître fille de roi ? Et qu'avait fait mon père avant que de l'être ? Vous travaillez à devenir ce qu'il attend de vous et si vous m'aimez comme je vous aime, qu'ai-je à vous pardonner ?
- Princesse, intervient le Chat, vous êtes aussi sage que belle d'âme et de visage. Pardonnez-moi d'en avoir douté. Mais il vaut mieux qu'on ne sache rien à la Cour de tout cela, car d'autres s'en serviraient pour vous faire du mal.
- Messire Chat, sourit la princesse, je hais le mensonge. Mais élevée en ce pays j'ai appris qu'il est parfois sage de mentir aux menteurs.


Les enfants n'ont rien perdu de ce dialogue.
- Gagné ! dit Kévin.
Et dans leur enthousiasme, ils improvisent une ronde endiablée qu'ils terminent par une paire de gros bisous. Puis ils s'arrêtent soudain.
- On est encore là, constate Morgane.
- C'est peut-être à cause des habits, observe Kévin.
Ils les quittent prestement, mais les remettent aussitôt car cela n'a aucun effet.
- Alors c'est qu'on a encore quelque chose à faire. Messire Chat peux-tu nous aider ? demande Morgane.
- Ah oui, l'ogre ! Hé bien je pourrais vous enseigner où il demeure : les soldats du Roi y seraient déjà allés l'arrêter s'il ne leur échappait à tous coups avec ses bottes de sept lieues. Ah, ces maudites bottes ! Il n'était point méchant avant de les avoir. Peut-être suffirait-il qu'il ne les ait plus pour que cessent ses crimes et peut-être est-ce là ce que vous avez à faire. Mais le chemin est long et la forêt touffue. Vous sentez-vous capables de la traverser ?
- On va essayer ! répond Morgane. De toutes façons on n'a pas le choix, si on veut retourner sur la plage !
- Je vais donc vous enseigner le chemin, dit le Chat. Il est malaisé, mais point difficile à retenir

Le chemin est simple en effet : il suffira de remonter la petite rivière qui traverse la ville. Au soir, dans la forêt, ils trouveront près d'une source pure une cabane de charbonniers où ils pourront dormir. Dans les vastes poches de leurs frocs, la princesse aura mis des galettes pour leur nourriture. Le lendemain, après avoir marché quelques heures encore, ils arriveront en un lieu où la rivière, qui n'est plus qu'un torrent, forme un large bassin sous une cascade. Du haut de la cascade part un petit canal qui mène l'eau à la maison de l'ogre. Et quand ils seront là … à eux de trouver comment le séparer de ses bottes, et si possible les détruire afin qu'il ne les retrouve jamais.
- Mais si on y arrive, s'inquiète Kévin, est-ce que les soldats du Roi vont l'arrêter ?
- Sans nul doute, dit le Marquis. Afin de le punir pour tous ces petits enfants qu'il a dévorés.
- Ça ne va pas, dit Morgane. Bien sûr, ce qu'il a fait, c'est abominable. Mais le Chat l'a dit : ce n'est pas sa faute, ce sont les bottes qui l'ont ensorcelé. Et nous, on pense qu'il n'est pas complètement méchant puisqu'il aime ses filles. Mais si les soldats du Roi l'arrêtent, il ne les verra plus, et les petits enfants qu'il a mangés, ça ne va pas les ressusciter !
- Va savoir ! dit Kévin. On est bien là, nous !
- C'est vrai, reconnaît Morgane. En tout cas il faudrait nous promettre que si l'ogre ne fait plus de mal à personne on le laissera tranquille avec sa femme et ses filles.
- Promis, dit la princesse. Je me charge de convaincre le Roi. Car lui aussi, il aime sa fille, ajoute-t-elle en souriant.
Là-dessus, la princesse et le Marquis les embrassent très fort et leur souhaitent bonne chance, puis le Chat les conduit jusqu'à la grille du château.

vendredi 25 juillet 2008

d'un ogre à l'autre 2



- Ton amie n'est pas avec toi cette fois ? a demandé le Chat Botté.

Comme ce matin, Kévin est en train de nager dans la rivière, mais c'est vrai, Morgane n'est pas là. Et sur la berge, le Chat Botté insiste :

- Elle t'a laissé tomber ou c'est toi qui l'oublies ?

- Ça c'est pas possible, ni l'un ni l'autre, parce qu'on s'aime Morgane et moi ! proteste Kévin.

Et aussitôt la voilà à côté de lui.

- Si tu m'appelles dans ton rêve, je viens, dit-elle.

Et Kévin la prend par la main. C'est bon qu'elle soit là.

- Tu nous a déjà vus dans la rivière, Chat Botté ? s'étonne-t-il. Mais on était invisibles !

- Pas pour moi, répond le Chat. Mais moi j'étais invisible pour vous. C'est une question d'univers. Votre monde habituel, celui de vos rêves, celui de l'Histoire, celui des contes, ça communique mais quelquefois ceux qu'on voit ne vous voient pas et vice-versa.

- Visser quoi ? demande Morgane.

- Vice-versa. Ça veut dire et réciproquement, c'est du latin. Mais ça n'a pas d'importance. Qu'est-ce que vous faites ici cette fois ?

- Kévin voudrait changer la fin des contes, dit Morgane.

- Oui, approuve Kévin. Morgane trouve que ce n'est pas bien que ton maître…

- Mon ami ! rectifie le Chat. Les chats n'ont pas de maîtres.

- Que ton ami mente à la princesse. On ne doit pas se mentir quand on s'aime.

- Hum ! toussote le Chat. Le monde est quelquefois un peu plus compliqué qu'on ne le croit à votre âge. Mais dans le fond vous devez avoir raison, car mon ami trouve aussi que ce n'est pas bien. Il est vrai qu'il a une âme d'enfant… Il voudrait bien dire la vérité à la princesse mais je crains la catastrophe et je lui ai demandé de réfléchir. C'est pour cela que je reviens méditer au bord de cette rivière… Là où il est devenu le marquis de Carabas. Parce que d'un autre côté, avec ce scrupule qui l'a pris, il n'arrive pas à être heureux. C'est fâcheux.

- Fâcheux ? interroge Kévin.

- Oui, fâcheux ! Ennuyeux si vous préférez. Les enfants de votre temps n'ont donc pas de vocabulaire ? Bon. Ce qui est fâcheux c'est que je ne vois pas de solution. Pour que la princesse supporte la vérité, il faudrait qu'elle eût une âme d'enfant, mais ça, je n'en mettrais pas ma patte à couper. Et comment le savoir ?

Kévin et Morgane se regardent. Non, eux non plus ne voient pas comment.

- Vous ne servez donc à rien, conclut le Chat. Vous devriez rentrer chez vous pour y réfléchir…quand vous serez réveillés ! On réfléchit mieux quand on est réveillé.

- Et si on trouve une idée, comment on fait pour te le dire ? demande Morgane.

- Faites comme ce matin sur la plage, répond le Chat. Dessinez dans le sable quelque chose qui ressemble à peu près à un chat, donnez-vous la main, dites ensemble : "Bonjour Messire Chat", et où je serai vous serez. Ah, il vaut mieux que je vous avertisse : cette fois encore vous serez invisibles, certes, mais pas pour tout le monde. Les animaux et les enfants vous verront… Les enfants et ceux qui ont une âme d'enfant, ajoute-t-il, rêveur. Allez, disparaissez !


Le soleil est déjà brillant et le camping bruyant quand Kévin se réveille. Il s'étire, se lève et, au moment de sortir de la tente s'avise soudain qu'il est tout nu. Il enfile son bermuda en pensant qu'après tout c'est bien bête. Hier il a passé plus de temps nu qu'habillé, cette nuit il a dormi nu et décidément, en plein été, il trouve qu'on est bien mieux. Les Kowalski ont eu bien raison de choisir un camping naturiste pour cette année. Il faudra qu'il dise ça à ses parents. Mais c'est vrai que Morgane, c'est ici, chez sa grand-mère, qu'elle passe ses vacances.

Morgane… Il a encore rêvé d'elle cette nuit. D'elle et du Chat Botté. Ça y est, il se rappelle tout. Il a hâte de la retrouver sur la plage pour lui raconter.


Papa et Maman sont là, dehors, en train de prendre leur petit déjeuner. Juste le temps d'un bisou à chacun et Kévin demande :

- Quand c'est qu'on va à la plage ?

Papa et Maman éclatent de rire.

- Tu as tellement hâte de retrouver Morgane ? Si ça c'est pas de l'amour ! taquine Papa en l'ébouriffant.

- Allez, on déjeune d'abord et on y va, dit Maman en le câlinant un peu. Mais tu sais, ils n'y sont peut-être pas encore !

- Non ils n'y sont pas encore, répond Kévin. Ils sont juste en train de quitter la villa. Ils vont passer là devant dans dix minutes.

- Et comment tu sais ça, toi ? s'étonne Papa

- Je sais pas, répond Kévin en secouant la tête comme s'il sortait d'un rêve. Je sais juste que Morgane vient de penser qu'elle serait là dans dix minutes.

- Cet enfant commence à m'inquiéter, murmure Maman. Tu ne crois pas qu'il faudrait l'emmener voir un docteur ?

- Écoute, on verra ça au retour de vacances si ça continue, répond Papa. De toutes façons tu y crois, toi, qu'il sait ce que Morgane pense ?

- Pas tout le temps ! rectifie Kévin. Juste quand elle a envie de me dire quelque chose ! Je suis pas malade, ayez pas peur !

- Allez, bois ton lait, mange tes céréales et on verra bien dans dix minutes, conclut Maman. On regardera qui passe sur la plage et on verra bien …

- Pas la peine, dit Kévin, la bouche pleine. Elle va venir me chercher. J'ai juste le temps de déjeuner et de me laver les dents.


Kévin vient juste de revenir des lavabos quand Morgane, comme hier drapée dans son paréo, arrive à la tente.

- Papa et Maman ont continué tout seuls, explique-t-elle après avoir fait la bise à tout le monde. Ils n'ont pas voulu venir de peur de vous déranger mais ils ont pensé que moi ça faisait rien. Ils ont dit qu'on aura qu'à les rejoindre quand vous serez prêts.

- Si vous êtes pas prêts, je peux peut-être y aller tout de suite avec Morgane, propose Kévin. C'est même pas cinq minutes à marcher au bord de l'eau, il peut rien nous arriver !

- Bon, d'accord, dit Maman. Mais alors pour l'instant tu mets ton tee-shirt et ta casquette et tu emportes la crème dans la poche de ton bermuda. Et dès que tu te déshabilleras tu t'en mets bien tout partout.

- Oui Maman, soupire Kévin, l'air excédé.

- Vous inquiétez pas, dit Morgane, moi aussi il faudra que j'en mette. On va s'aider tous les deux pour le dos et je vais bien surveiller qu'il oublie rien.

Les voilà partis se tenant par la main. La plage traversée, ils suivent exactement la petite frange d'écume où les vaguelettes viennent mourir et Kévin dit :

- Tu sais pas ce que j'ai rêvé cette nuit ?

- Quand je t'ai rejoint tu étais en train de parler avec le Chat Botté, répond Morgane tranquillement.

- Tu as fait le même rêve ?

- Si tu m'appelles dans ton rêve, je viens.

Elle a dit ça exactement comme dans le rêve.

- C'est génial ! s'exclame Kévin qui a renoncé à s'étonner. Et tu crois que ça marcherait toutes les nuits ?

- Faudra qu'on essaye ! Le premier qui rêve appelle l'autre. Ce serait bien. Surtout quand les vacances seront finies, qu'on se verra plus dans la journée, ajoute-t-elle avec un petit rien de tristesse.

- Ça, on a le temps d'y penser, reprend Kévin.

Il ne sait pas trop s'il est surtout triste à l'idée de cette séparation inéluctable, ou surtout heureux que Morgane en soit aussi triste que lui. En tout cas pour l'instant il tient bien sa main serrée dans la sienne, et ça c'est géant. Et pendant un moment ils n'ont plus envie de parler. Juste de marcher ensemble en se donnant la main.

- C'est pas le tout, dit enfin Morgane. Tu as une idée, toi ?

- J'ai pas encore réfléchi, répond Kévin, sans avoir à demander de quoi il s'agit. Il faut qu'on se rappelle bien tout. Peut-être qu'on trouvera un indice.

- On y pensera plus tard, propose Kévin. Ça presse pas. Allons rejoindre tes parents, qu'on puisse enlever tout ça.


Mais ils ne peuvent s'empêcher d'y penser. Comment savoir si la princesse a une âme d'enfant ? S'ils pouvaient la rencontrer ils trouveraient peut-être. Mais comment la rencontrer s'ils sont invisibles pour les adultes ? Le Chat Botté le leur a dit : "cette fois encore vous serez invisibles, certes, mais pas pour tout le monde. Les animaux et les enfants vous verront… Les enfants et ceux qui ont une âme d'enfant…" Une âme d'enfant ! Et justement, c'est ça la question !

- Si elle nous voit… commence Kévin.

- …c'est qu'elle a une âme d'enfant, complète Morgane. Et le fils du meunier peut lui dire la vérité !

- On y va ? propose Kévin.

- Tu crois que ça va marcher ?

- On peut toujours essayer !

Et soudain impatient, Kévin, s'accroupissant, entreprend de dessiner dans le sable humide.

- C'est un chat, ça ? se moque Morgane.

- Ben… Si tu fais mieux, vas-y.

- Je suis pas sûre… On essaye ?

Ils se sont repris par la main et ensemble ils disent :

- Bonjour Messire Chat.

Mais rien ne se produit.

- C'est la faute à mon dessin, dit Kévin.

- Peut-être… Mais il y a peut-être autre chose…

- Quoi ?

- Je suis pas sûre. Attends, il faut que je me souvienne bien de quelque chose. Mais en attendant on est arrivés : voilà mes parents Ouf ! dit-elle en se déshabillant prestement sans même attendre de les avoir rejoints. À la crème !

Kévin dit bonjour avant de l'imiter et comme Morgane l'a promis ils s'aident mutuellement à s'enduire de la crème qui résiste bien à l'eau, appuyant bien fort dans le dos pour la faire pénétrer et se disputant un peu pour rire quand l'un des deux s'écroule sous la poussée.

- C'était quoi ton idée ? demande Kévin quand ils ont regagné l'eau.

- Tu te souviens pour le château ? Je te l'ai demandé deux fois si tu voulais le visiter.

- Oui, et la première fois j'avais pas répondu ?

- Si. Mais ça a marché que la deuxième. Tu te rappelles pas ? On s'est déjà demandé pourquoi. Quelle différence il y avait entre les deux fois.

- Je sais, dit Kévin. Hier j'osais pas mais maintenant ça me gêne plus d'en parler. La première fois toi tu étais toute nue mais moi j'avais mon maillot, et la deuxième fois je l'avais plus.

- On essaye encore ? Allez, refais le même dessin que tout à l'heure !

Kévin refait le dessin, ils se reprennent par la main et ils disent :

- Bonjour Messire Chat.





jeudi 24 juillet 2008

D'un ogre à l'autre.

Allez ! On commence la suite de "l'ogre de l'autoroute" ?
Mais d'abord il faut que je vous raconte un peu, parce que l'échantillon s'arrêtait au milieu de l'histoire.
A l'instant où Kévin a dit oui, Morgane et lui se sont trouvés transportés devant le vrai château à l'époque de la Révolution. C'est à cette époque qu'avait été perdu un parchemin où était expliqué comment libérer la famille de Morgane d'une vieille malédiction. Ils ont retrouvé le parchemin et fait comme il y était dit. Et quand Morgane a passé une bague au doigt de Kévin en lui faisant un bisou sur les lèvres, ils se sont retrouvés sur la plage, à l'instant même où Kévin avait dit oui.
Evidemment les parents de Morgane ont eu un peu de mal à les croire, mais il y avait la bague qui prouvait leur
aventure ... Il ne restait plus qu'à faire le même récit à ceux de Kévin.

- Attendez ! a dit le Comte. Déjà nous qui connaissons une partie de l'histoire, nous avons eu du mal. Alors les parents de Kévin, ils ne vont rien comprendre ! Essayez de résumer en mettant tout bien dans l'ordre et …pour la malédiction, pas la peine de parler d'ogres, dites seulement que dans notre famille tous les papas meurent quand leur fils aîné a sept ans depuis que notre ancêtre a fait brûler une sorcière avec son fils de cet âge. Ce sera plus simple.


Ils n'avaient qu'une quinzaine de mètres à faire, et Kévin a dit à ses parents :


- Voilà Morgane. C'est elle qu'on avait croisée sur le parking avec ses parents hier, et elle s'appelle vraiment Morgane et elle est vraiment ici, comme dans mon rêve et elle m'a proposé de visiter son château et alors on s'est retrouvés devant et c'était pendant la Révolution et …


- Qu'est-ce que tu racontes? a coupé Papa. Bonjour Morgane. Dis donc, je ne sais pas si c'est parce que tu lui as fait la bise, mais tu sais, d'habitude il délire pas comme ça !


- Non mais il a raison, Monsieur ! D'ailleurs la bise, c'était après, quand je lui ai mis la bague, dans la chapelle !


- Attends, a dit Maman. Je ne vous ai pas quittés des yeux quand il t'a rejointe tout à l'heure. Bonjour Morgane. Vous avez bavardé pendant peut-être trente secondes, puis tu l'as pris par la main, vous avez fait quelques pas vers le château de sable et tout d'un coup tu lui as fait un bisou et vous êtes revenus vers tes parents. C'est tout. Alors de quoi parlez-vous ?


- Papa nous avait prévenus, a dit Morgane en se retournant vers Kévin. Ils vont avoir du mal.


- On sait que c'est pas croyable, a repris Kévin, mais son père a quand même dit qu'il y a deux preuves. La bague qui vient de son ancêtre : il l'avait jamais vue, Morgane non plus et pourtant elle me l'a bien passée au doigt. Et puis tu l'as dit, Maman, si on s'est parlé que trente seconde, on peut pas avoir inventé tout ça ensemble en trente secondes. Alors il faut nous écouter sans nous interrompre. D'abord dans mon rêve de cette nuit elle m'avait dit qu'elle venait en vacances ici. Alors quand j'ai vu qu'elle y était pour de bon, et qu'elle s'appelait vraiment Morgane et que son père avait fait un château de sable qui ressemblait à celui de mon rêve, forcément il fallait qu'on s'explique !


- Et quand il m'a dit ça et qu'on s'est aperçu qu'on était nés le même jour, je sais pas pourquoi, ça m'est venu tout seul, je lui ai demandé s'il voulait visiter mon château, a continué Morgane.


- Et quand je lui ai dit oui on s'est retrouvés devant le vrai mais pas maintenant. Alors comme on était tout nus, on a voulu faire comme le marquis de Carabas pour avoir des habits, mais en fait on était invisibles et alors …


- Il faut parler de la malédiction Kévin, sinon ils vont rien comprendre, est intervenue Morgane.


Et tant bien que mal ils ont expliqué la malédiction, en simplifiant comme le père de Morgane le leur avait conseillé, et comment ils avaient trouvé le secret, et comment Kévin avait pris la bague au doigt du Comte mort, et comment dans la chapelle, pour que ses parents puissent lui faire un petit frère, Morgane la lui avait passée au sien en lui faisant un bisou sur les lèvres.


- Et c'est à ce moment-là qu'on s'est retrouvés sur la plage, a conclu Kévin. Et vous nous dites qu'on a toujours été là et qu'il ne s'était pas passé de temps, mais nous, là-bas, ça a bien duré au moins deux heures, rien que dans la rivière, on avait joué longtemps, alors maintenant on se connaît bien et on a envie de jouer ensemble tout le temps. Tu viens Morgane ?


Et laissant ses parents médusés, il l'a entraînée vers la mer.



Mais une heure après, Maman l'a appelé. Surmontant leur timidité, elle et Papa s'étaient rapprochés du Comte et de la Comtesse qui, ajoutant quelques explications, leur avaient confirmé qu'il leur fallait bien croire à l'incroyable récit des enfants. Ils avaient deux choses en commun : être nus sur la plage de Marseillan et avoir des enfants qui avaient vécu ensemble cette aventure extraordinaire. Cela avait effacé leurs différences sociales, ils avaient sympathisé et convenu qu'il fallait permettre à Morgane et Kévin d'être ensemble autant qu'ils le voudraient pendant ces vacances. Mais c'en était le premier jour et Maman tenait à ce qu'on ne reste pas trop longtemps au soleil.


- Il faut qu'on aille se mettre à l'ombre, a-t-elle expliqué. Sinon, crème ou pas crème, demain on va être tout rouges. Alors on va préparer le déjeuner, il est déjà midi et si on n'est pas trop roses on reviendra peut-être un peu en fin d'après-midi.


- Nous avons déjà pris un peu de soleil chez nous a précisé la Comtesse. Cela nous permet de rester un peu plus longtemps, d'ailleurs, midi à l'heure d'été, ça ne fait que dix heures, le soleil n'est pas encore au zénith. Mais nous n'allons tout de même pas tarder. Nous aussi nous faisons la sieste aux heures chaudes et nous revenons nous baigner plus tard.


- Tu veux pas visiter notre camping ? a proposé Kévin à Morgane. Moi j'ai bien visité ton château !


- Je peux ? a demandé Morgane.


- D'accord. Nous te prendrons en passant dans une demi-heure, a dit le Comte. Tu n'auras qu'à nous attendre sur la plage devant le camping. Tiens, mets ton maillot.


- Je préfère le paréo, a protesté Morgane, tandis que Kévin se rhabillait. On va marcher au soleil et avec le maillot ça fait des marques, j'aime pas !


- Mets-le quand même dessous, a dit sa mère. Au camping, si le paréo s'ouvre ça pourrait choquer des gens.



Tout en marchant au bord de l'eau, Morgane a expliqué qu'elle et ses parents logeaient comme tous les ans chez sa grand-mère, qui avait une villa un peu plus loin, et que ce serait bien si Kévin pouvait l'y accompagner tout à l'heure : c'était très facile, depuis le camping il n'y avait qu'à suivre la plage dix minutes, la villa était presque les pieds dans l'eau.


- Et vous ne vous baignez pas en face ? s'est étonné Kévin.


- Ben non ! Là-bas c'est textile. Chez Mamie on fait ce qu'on veut, il y a des haies autour du jardin, mais sur la plage il faut mettre un maillot pour se baigner, alors comme on n'aime pas on marche un peu pour aller là où on n'en met pas.


- Et chez ta Mamie vous en mettez pas ?


- Ça dépend. Je t'ai dit : on fait ce qu'on veut. Moi en général je mets juste un paréo quand on sonne à la grille, sinon je préfère sans rien, sauf quand il fait mauvais. Mais ici en juillet, c'est pas souvent !


Kévin a un peu de mal à imaginer. Nus sur la plage, bon, il reconnaît qu'en fait ça ne l'a pas gêné et que c'est plutôt agréable. Dans le bois et la rivière, pendant leur "voyage", avec Morgane, pas de problème non plus, il s'est habitué tout de suite. Mais dans le château ça lui faisait un drôle d'effet. C'est vrai que Morgane a dit qu'elle non, qu'ils étaient naturistes. Et Papa lui avait expliqué que dans un camping naturiste on pouvait rester nu tout le temps. Et Morgane, dans son rêve, elle dormait toute nue. Tout ça est nouveau pour Kévin, mais après tout pourquoi pas ?



Ils ont découvert le camping ensemble. Puis ils sont allés sur la plage, en face, pour attendre le Comte et la Comtesse. Pour faire plaisir à Morgane, ceux-ci ont invité Kévin à déjeuner avec eux, et ses parents le lui ont permis.


- Mais attention ! a dit Maman. Ne va pas au soleil sans ton tee-shirt et ta casquette !


- On n'ira pas au soleil, c'est promis, a dit Morgane. On va manger sur la terrasse à l'ombre et après on lira dans ma chambre. Tu veux bien Kévin ?


Pour l'instant, c'est évident, Kévin veut bien tout ce que veut Morgane et quand, sitôt arrivée chez sa mamie, qui les a accueillis en paréo, elle lui a dit, en laissant tomber le sien et son maillot avec : "Tu peux te mettre à l'aise, on reste à l'ombre, attends-moi je vais faire pipi !" il s'est déshabillé en s'étonnant d'être "à l'aise", en effet.


Après le déjeuner, le ventre sur la descente de lit ils ont lu ensemble les Contes de Perrault dans un grand album. Ils les connaissaient déjà mais Morgane avait envie de les relire avec Kévin.


- Tu te rappelles ? a-t-elle dit. C'est toi qui as pensé à faire comme le marquis de Carabas !


Mais quand ils sont arrivés à la fin du "Chat Botté",


- Quand même, a-t-elle observé, le fils du meunier qui se fait passer pour marquis pour épouser la princesse, ce n'est pas très correct.


- Tu dis ça parce que tu es la fille d'un comte ! a répondu Kévin. Tu sais, moi, mon père il est ouvrier !


- Ça n'a rien à voir ! a protesté Morgane. Moi, ce qui me plaît pas c'est seulement qu'il lui ment. Quand on s'aime, on doit pas se mentir.


- Tu as raison, a reconnu Kévin. Moi je te mentirai jamais.


Elle a bien compris que ça veut dire qu'il l'aime, là, en vrai, pas seulement dans leur voyage. Elle lui sourit et elle dit :


- Moi non plus.


Et tandis qu'il est sur un petit nuage elle propose :


- On lit "Le petit Poucet" ? Moi les histoires d'ogre, forcément, ça m'intéresse !


Et quand ils ont fini, c'est Kévin qui dit :


- Et l'ogre qui tue ses filles, tu trouves ça bien toi ?


- Ben non ! Bien sûr c'est sa faute : il avait qu'à pas vouloir tuer les garçons. Mais quand même, ses filles il les aimait, il était pas complètement méchant. Et puis elles, elles avaient rien fait !


- Ce serait bien si on pouvait changer la fin, conclut Kévin. Regarde l'histoire de ta famille, à nous deux on l'a changée, la fin.


- Oui, mais l'histoire de ma famille c'était du vrai. Là c'est des contes !



Et puis un peu plus tard tout le monde s'est retrouvé sur la plage libre. Morgane et Kévin ont joué ensemble dans l'eau et sur le sable. Et puis tout de même il a fallu se séparer, en se donnant rendez-vous au lendemain.


Le soir, dans la tente, Kévin avait chaud dans son sac de couchage. Il a pensé à Morgane qui devait sûrement dormir toute nue. Il a dit :"Pourquoi pas ?", à haute voix, il a ôté son pyjama et il s'est endormi.



A bientôt pour la suite !