lundi 23 février 2009

Homme de l'être

J'emprunte ce joli titre à TéléObs, qui en accompagne cette semaine en couverture une photo de Jean-Loup Dabadie. J'aime les calembours et j'adore Jean-Loup Dabadie.

J'avais envie de le dire ici parce que si ça n'a, à ma connaissance, aucun rapport avec le naturisme, ça en a un – et lequel ! - avec l'écriture.

De Jean-Loup Dabadie on ne peut plus dire qu'il n'est pas reconnu parmi les gens de lettres, puisqu'il va faire son entrée à l"Académie Française. Mais les critiques les plus "sérieux" ont longtemps feint de l'ignorer. C'est qu'il avait à leurs yeux deux défauts impardonnables : il touche à tout, alors qu'à leurs yeux un sillon ne peut être profond que s'il est étroit, et il ne se prend pas, justement, au sérieux. Je veux dire que ce merveilleux artisan, qui depuis cinquante ans (il ne fait pas son âge, en plus !), a fabriqué avec un soin méticuleux à peu près tout ce qu'on peut fabriquer avec des mots, habillant sur mesure les artistes au service de qui il se met, ne pose jamais au génie. On le voit parfois à la télévision s'émerveiller à les regarder interpréter ce qu'il a fabriqué pour eux, heureux de ce qu'il leur a donné, heureux de ce qu'ils en font, heureux du plaisir qu'y prend le public, inaccessible à la vanité.

Rien d'autre qu'un "excellent arrangeur de syllabes" comme Malherbe définissait le poète ? Un homme de lettres ? Il court à travers tout ce que ses mots ont créé une qualité d'amour qui n'appartient qu'à lui. Et à la relation qu'il entretient avec ses amis aussi, peut-être. "Homme de l'être". Merci à l'auteur du calembour.

Loin de moi la prétention de me comparer à lui. Mais il est souvent quelque part derrière ma tête lorsque j'écris, et il m'a donc semblé que je lui devais cet hommage.

mercredi 18 février 2009

Précision.

Quelques lecteurs fidèles de ce blog, membres d'Imaginat, comme Pascal Fiévet - et pour cause - et Jean-Luc Bouland qu'il a mis dans la confidence, savent en quoi consiste ce projet d'écriture dont je viens de dire un mot. Trêve donc de mystères : avec l'autorisation de Pascal qui en est à l'origine je vais en parler.
Il y a quelques années déjà, Pascal a écrit, dialogué et dûment enregistré à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques et à celle des Gens de Lettres un scénario destiné au cinéma ou à la Télévision qui a retenu l'attention des professionnels mais n'a finalement pas été réalisé. Et voilà qu'en me lisant l'idée lui est venue de me proposer de le transformer en roman.
Cette sorte d'opération se pratique le plus souvent en sens inverse et tous ceux qui ont vu une adaptation cinématographique d'un roman qu'ils avaient aimé ont pu constater, parfois avec regret, que cela n'avait pas été sans de plus ou moins profondes modifications.
C'est que pour raconter une histoire, les moyens dont disposent le cinéaste et le romancier sont fort différents. L'un l'impose à un spectateur captif en l'en faisant témoin direct à un rythme déterminé, l'autre l'invite à imaginer (mettre en images) à partir de mots et à son propre rythme. Il en résulte, me semble-t-il, une attitude à priori plus naturellement critique du lecteur qui, n'étant pas directement convaincu par ses yeux et ses oreilles, tend à exiger une cohérence logique plus explicite. Et si beaucoup de romanciers choisissent de faire raconter l'histoire par l'un de ses personnages, c'est que celui-ci joue, entre l'histoire et le lecteur, un rôle de médiateur dont le cinéma n'a pas besoin. Il le gênerait plutôt, la caméra étant, à priori , extérieure à l'action.
C'est pourquoi cette proposition inattendue m'a d'emblée séduit en tant qu'exercice technique de transposition. Mais c'eût été pour moi mission impossible si l'histoire ne m'avait pas touché. Dès l'abord il m'a semblé qu'un personnage féminin qui n'en est pas l'héroïne principale pouvait, de par sa situation tant objective qu'affective telle que Pascal l'avait imaginée, en être la narratrice.
Avec son accord, j'ai commencé à travailler dans ce sens, ce qui m'a conduit à donner à ce personnage et à la génèse de sa relation au héros plus de développement que dans le scénario original. Dès lors l'exercice technique d'écriture se transformait en participation à la création, ce qui le rendait d'autant plus passionnant. Pascal en a aimé les premiers résultats et j'ai donc continué.
C'est pourquoi au regard du calendrier mon travail avance plus vite que je n'aurais cru, car le nombre d'heures que je lui consacre quotidiennement est bien plus important que prévu. Car à mesure que je la fais mienne, cette histoire, que Pascal m'a prétée mais qui demeure sa création, prend possession de moi. Quoi qu'il en advienne, cette expérience aura été pour moi fantastique.

Une réflexion en marge. J'éprouve chaque jour, en donnant une forme nouvelle à cette histoire que je n'ai pas inventée, cette vérité que Pascal connaît bien, lui qui se plaît à écrire des sonnets : la forme est créatrice. Plus précisément, au sens propre elle transforme la matière sans laquelle elle n'existerait pas.

dimanche 15 février 2009

pour garder le contact

J'ai un peu négligé ce blog ces temps-ci : c'est que je suis très occupé par un autre projet d'écriture. En attendant je vois que la fréquentation se maintient, même si les retours que j'espère toujours ne viennent pas.
Alors si vous passez par là, je vous conseille un petit tour sur le bloc notes d'imaginat (le lien est dans la colonne de droite). Le dernier article est une nécro mais n'ayez pas peur : il faut bien mourir un jour et l'important est d'avoir été vivant. Je n'ai pas connu personnellement Pierre Demoulière mais sans aucun doute il l'a été.
C'est particulièrement intéressant pour ceux qui s'interrogent sur la compatibilité entre le naturisme et la foi chrétienne.