samedi 5 mars 2011

Ce qui m'énerve (suite)

J'ai reçu ce texte. Et puisque j'ai déjà mis dans ce blog un début d'inventaire des choses qui m'énervent, j'ai décidé de l'y mettre avec ma réponse à celui qui me l'avait fait suivre.

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On a le courage de faire suivre : OUI ou NON?

En voilà un qui a tout compris

QUE DIRE DE PLUS ?

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Fier d'être Blanc (Michael Richards)

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Pourquoi les Blancs sont-ils racistes contrairement aux autres races ?

Michael Richards, comédien de la série télévisée "Seinfeld", a dû se

défendre au tribunal pour des propos jugés "racistes" (!) lors d'un épisode de cette

série télévisée. Il a fait quelques remarques :

Il y a des Africains américains, des Mexicains américains, des Asiatiques

américains, des Arabes américains, etc.

Et il y a les "Américains". Vous me croisez dans la rue et vous vous

moquez de moi.

Vous m'appelez "Sale Blanc", etc., et c'est votre droit !!! Mais quand je

vous appelle: ''Sale nègre, bougnoul, etc.'', vous me traitez de raciste.

Vous dites que les Blancs se livrent à beaucoup de violence contre vous...

alors pourquoi les ghettos sont-ils les endroits les plus dangereux pour vivre?

Vous avez le ''United Negro College Fund'', le ''Martin Luther King Day'',

le ''Black History Month'', le ''Cesar Chavez Day'', le ''Yom Hashoah'', le ''Ma'uled

Al-Nabi'', le ''NAACP'', vous avez le ''Bet (Black entertainment TV)''...

Si nous avions le ''WET" (White Entertainment TV)', on serait

des racistes. Si nous avions un ''White Pride Day'', nous serions des racistes,

si nous avions un ''White History Month'', on serait des racistes. Si nous

avions une organisation pour faire avancer la cause des Blancs... nous serions

racistes.

Une femme blanche ne peut pas participer à l'élection de ''Miss Black

American'', mais les femmes de toutes races peuvent participer à l'élection de

''Miss America''.

Si une fondation universitaire offrait des bourses seulement aux étudiants

blancs, nous serions racistes. Il y a plus de soixante ''Black Colleges'' aux Etats-

Unis, mais s'il y avait des ''White Colleges'', nous serions des racistes.

Dans le ''Million Man March'', vous marchiez pour votre race

et vos droits. Si les Blancs marchaient pour leur race et leurs droits... Ils

seraient des racistes.

Vous êtes fiers d'être Noirs, Bruns, Jaunes, Rouges.... Et

vous n'avez pas peur de vous affirmer. Et c'est parfait! Mais quand on parle de

la fierté d'être Blanc, vous nous traitez de racistes.

Vous nous volez, vous volez nos voitures, vous nous tirez

dessus... mais quand un officier de police blanc tire sur un Noir membre d'un

Gang de la Rue, ou qu'il tabasse un revendeur de drogue de race noire, qui

échappe à la justice et qui représente un danger pour la société... vous le

traitez de raciste.

Je suis fier... mais vous me traitez de raciste. Pourquoi est-ce que seuls

les Blancs sont taxés de "racistes"?

Il n'y a rien d'incorrect dans ce message. Voyons qui sera assez "fier d'être

Blanc" pour le faire suivre.

C'est triste, mais je pense que très peu le feront.

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Ma réponse :

À l'usage exclusif de ceux qui n'ont pas encore compris pourquoi il y a, par exemple, une gay pride et pas une hétéro pride.
Par ailleurs personne, je pense, ne doute qu'il y a parmi les noirs autant de cons - et donc de racistes - que parmi les blancs.
Être fier d'être noir est évidemment aussi con qu'être fier d'être blanc, puisque personne n'a choisi sa couleur. Mais les minorités longtemps opprimées sont bien obligées de proclamer leur fierté identitaire quand, pendant des siècles, des majorités de cons dont l'espèce n'est manifestement pas éteinte leur ont répété qu'il y avait lieu d'en avoir honte et - pire - ont longtemps réussi à les en persuader.
Ceci dit, l'auteur de ce texte a le droit d'être fier de sa connerie puisqu'il a librement choisi de l'étaler !

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J'ai eu "le courage" de reproduire ce message parce qu'il faut quand même savoir que ça existe !

Cela dit : quel rapport avec le naturisme ?

Vous ne voyez vraiment pas ?

lundi 24 janvier 2011

Lettre à Juliette

Samedi dernier, au 13 heures15 de France 2, il y avait un reportage sur les mini-miss. Une gagnante, quatre dauphines et... beaucoup de déçues...

Une jeune "coach" défendait ces concours. "Regardez vivre les petites filles, disait-elle. Dans leur chambre, dans la cour de l'école, elles jouent à défiler comme ça. Ce concours, c'est juste leur jeu qui continue !" Comme si c'était la même chose de jouer à ça avec quelques copines ou de défiler devant un jury et un public inconnus après avoir passé des dizaines, peut-être des centaines d'heures à s'entraîner pour ça, à ne penser qu'à ça comme si leur vie en dépendait... A neuf ans !...

Alors j'ai eu envie de faire cette lettre. Si vous connaissez la petite Juliette, faites la lui passer !

Petite Juliette,

Je t'ai vue, samedi dernier, à la télé, où tu pleurais parce que tu n'avais pas réussi : on ne t'avait pas donné d'écharpe. Et c'était normal que tu pleures, puisque tes espoirs étaient déçus, puisque tes efforts n'étaient pas récompensés. Mais c'était bien dommage aussi que tu pleures pour un aussi petit rêve, qu'à cause de ça tu te sentes « dévalorisée », comme te l'a suggéré la journaliste. Alors l'envie m'a pris, à moi qui suis un vieux papy, de t'écrire pour te le dire.

Bien sûr que non, tu n'es pas moins jolie que les autres. D'abord, plus jolie, moins jolie, qu'est-ce que ça veut dire ? Il y a beaucoup de façons différentes d'être jolie. Tu n'es pas moins jolie que celles qui ont gagné une écharpe : tu es jolie autrement. Celles qui ont gagné ne sont pas plus jolies que toi : elles ressemblent seulement davantage au modèle que les membres du jury ont dans la tête, une poupée Barbie vivante, qui bouge comme un mannequin et qui récite si bien la leçon qu'elle a apprise pour se présenter qu'on croirait qu'elle improvise et qu'elle adore ça. Elles y sont arrivées à force de s'entraîner comme si c'était la chose la plus importante de leur vie. Au moment où elles défilent, elles sont arrivées à ce que la poupée Barbie ait complètement pris la place de la petite fille qu'elles sont en réalité. En fait elle a tellement pris de place dans leur vie, la poupée, avec tout ce temps passé à s'entraîner, physiquement mais aussi beaucoup dans leur tête, qu'on se demande s'il en reste un peu pour la petite fille qu'elles sont en réalité.

Toi, tu es encore débutante, dans ce jeu dangereux. Tu es encore une vraie petite fille, qui a envie qu'on lui donne une écharpe où il y a marqué qu'elle est jolie parce qu'elle voudrait bien, mais qu'elle n'en est pas vraiment sûre. Une petite fille timide, qui voudrait être capable de se montrer comme celles qui ont l'écharpe : jolie et sûre d'elle. Mais qui n'est tellement pas sûre d'elle qu'elle veut des gros bijoux pour se cacher derrière. Et ça, c'est un mauvais calcul : quand tu as défilé devant les membres du jury, tes grandes boucles d'oreille brillaient tellement qu'ils n'ont même pas vu tes yeux, qui sont si jolis. Mais en fait c'est tout ce jeu qui est un mauvais calcul : parce que tu es timide et inquiète, tu voudrais ressembler à ces filles qui ont l'air de n'être ni timides ni inquiètes. Tu comptes sur le jury pour te rassurer. Mais ce jury ne te connaît pas. Il ne connaît pas non plus les autres petites filles. Ce n'est pas elles, ce n'est pas toi qu'il classe : ce sont les poupées Barbie auxquelles vous essayez de ressembler.

Tes parents t'ont encouragée à faire ce concours, pour te faire plaisir, puisque tu en avais envie. Et puis aussi parce qu'ils sont tellement fiers de toi qu'ils voudraient que le monde entier t'admire. Mais ça sert à quoi, que des gens qui ne te connaissent pas te disent que tu es la plus belle ? Qu'est-ce qu'ils en savent, puisqu'ils ne te connaissent pas ?

Petite fille inquiète, à qui un monde d'étourdis a donné de drôles d'idées, écoute ce que te dit un veux papy qui en a vu d'autres : ta plus belle écharpe, c'est celle que tu as dans les yeux de ton papa et de ta maman, qui te connaissent et qui t'aiment. Parce qu'eux, ils savent comme tu es jolie le matin, quand tu sors de ton lit, toute décoiffée, pas encore bien réveillée, quand tu sors de ta douche, les cheveux encore tout collés, quand tu ris parce que tu t'amuses, quand tu es toute rouge et essoufflée parce que tu as couru, quand tu réfléchis, quand tu rêves, quand tu boudes même, je veux dire quand tu es vraiment toi.

Laisse les fous juger les folles. Et si tu as vraiment envie de jouer à leur jeu, apprends à jouer la comédie, pour arriver à leur faire croire que tu ressembles à ce qu'ils veulent. Mais quand tu joueras ce personnage de poupée, souviens-toi que ce n'est pas toi !

samedi 1 janvier 2011

Voeux

A vous qui me lisez et à ceux que vous aimez, je souhaite l'année qu'ils et elles se souhaitent !

samedi 25 décembre 2010

Joyeux Noël


Joyeux Noël à tous les habitués et aux autres aussi, s'il y en a !
Les 10 000 lectures sont dépassées et ça fait combien de lecteurs ?
J'aimerais mieux vous connaître. Peut-être en 2011 ?

vendredi 3 décembre 2010

Ce qui m'énerve...

…ou si vous préférez : où l'on voit que la peur est mauvaise conseillère.

Beaucoup de gens persistent à penser que, puisque certaines parties de notre corps sont plus particulièrement dédiées à l'activité sexuelle, leur seule vue constituerait une incitation évidemment dangereuse en dehors des circonstances appropriées à se jeter incontinent dans cette activité. Comme si la seule vue d'une bouche incitait à manger, à boire ou à parler hors de propos, celle d'une oreille à écouter ou celle d'un pied à courir. Alors que la frustration créée par le tabou de la nudité, en particulier lorsque le vêtement, réduit au minimum, attire immanquablement l'attention sur les parties du corps qu'il continue à cacher quand le reste est dénudé, si elle n'est sans doute pas la seule source des obsessions et déviations sexuelles, y a très probablement sa bonne part.

Beaucoup de gens et même parmi les naturistes pensent qu'il ne faut pas prendre le risque d'exposer la nudité des enfants à la concupiscence. Alors que deux choses sont parfaitement claires. L'une est qu'un enfant est un objet de désir sexuel pour un pédophile, qu'il soit nu ou pas. Les enfants enlevés par des pédophiles en pleine rue ne s'y promenaient pas tout nus que je sache. L'autre est que, alors que pour un adulte exempt de ces sortes de pulsions un enfant, nu ou pas, se situe hors du champ des partenaires sexuels possibles simplement parce que son âge et son état d'évolution physique font qu'il n'est pas sexuellement actif, le fait de cacher son sexe – et jusqu'à l'emplacement des seins futurs des petites filles ! - proclame sans la moindre ambiguïté que ce qu'on cache là est du domaine de la sexualité. Pour paradoxal que cela puisse sembler, je tiens que le tabou de la nudité conduit à donner aux enfants l'apparence d'objets sexuels qu'ils n'ont pas naturellement. Et du reste, il n'y a pas si longtemps encore, la nudité des enfants était très généralement considérée comme innocente même sous nos climats.

En dehors du naturisme maintenant, un sujet qui ne peut laisser indifférent l'ex pédago que je suis et qui ne devrait du reste laisser indifférent aucun parent d'élève.

Une pétition circule, dont l'initiative revient à des étudiants autorisés par leur activité de soutien scolaire, qui demande l'abandon du système de notation en vigueur dans nos écoles. Un système dont, évidemment, les élèves qui ne rencontrent pas de difficulté d'apprentissage s'accommodent, mais qui y enfonce ceux qui en ont.

Il faudrait que cette vérité soit connue de tous. Hélas beaucoup d'enseignants qui la connaissent persistent à la refuser et à accuser ceux qui la diffusent de vouloir détruire le service public de l'Éducation Nationale. Alors que c'est justement ce refus qui le tue.

Soutenus par la FSU, dont cette attitude démagogique assure la puissance, les enseignants dans leur grande majorité, privés d'une formation pédagogique digne de ce nom, voient dans notre système de notation le dernier instrument de ce pouvoir discrétionnaire sur les élèves dont ils croient avoir besoin pour leur imposer le respect. On voit pourtant le résultat.

Les notes font partie d'un système cohérent dont le Bac est la clé de voûte, son obtention la finalité dès le CP si ce n'est dès la maternelle. Alors qu'à force de le diversifier pour pouvoir le donner à tout le monde on en a fait un hochet : censé ouvrir l'accès à l'enseignement supérieur il y envoie des masses d'étudiants qui s'aperçoivent rapidement qu'ils n'y ont pas été préparés.

Dans une recherche illusoire d'objectivité de cette notation, on privilégie le contrôle des savoirs sur celui des compétences, beaucoup plus difficiles à mesurer et beaucoup moins directement liées au travail actuel des enseignants. C'est ainsi que même en français et en philo, ce qui est demandé aux élèves n'est pas de faire la preuve d'une aptitude à communiquer dans une langue maîtrisée une réflexion personnelle, mais d'assaisonner dans une pseudo cohérence imposée par un sujet plus ou moins intéressant la régurgitation de savoirs inutiles (et du reste destinés à être rapidement oubliés). Car on oublie systématiquement cette évidence : beaucoup de savoirs peuvent être utiles, certes, mais dans la seule mesure où ils nourrissent une aptitude à penser par soi-même, ou à aller plus loin dans une formation personnelle débouchant sur la vie, ou au minimum à communiquer utilement entre gens qui les partagent. Qu'on me dise en quoi la capacité d'identifier et d'étiqueter correctement un oxymoron ou une anacoluthe est utile à qui que ce soit. Sauf à un futur prof de français qui, ses concours passés, ne s'en servira lui-même que pour pouvoir l'enseigner à des gamins qui n'en ont rien à cirer.

Comment dans ces conditions les adolescents percevraient-ils l'enseignement comme autre chose qu'une brimade, une sorte d'absurde bizutage social. Comment respecteraient-ils des profs qui n'en sont à leurs yeux que les auxiliaires, plus ou moins complices, plus ou moins victimes ?

Évelyne Charmeux, distinguée pédagogue dont par ailleurs je ne partage pas toutes les idées, disait un jour fort justement que notre école est un lieu où on passe son temps à contrôler les savoirs qu'on n'a pas eu le temps d'acquérir. Victimes en effet de la mission impossible qui leur est assignée à l'intérieur de ce système pervers, les professeurs, presque tous animés de bonnes intentions, ne voient pas qu'il n'y a pas d'autre salut pour l'Éducation Nationale qu'une refondation dans laquelle les objectifs seraient réellement définis en terme d'aptitudes à la réflexion et à sa communication, les programmes d'acquisition de savoirs entièrement mis en perspective par rapport à ces objectifs et leur rôle à eux, avec le type de relations qu'il implique entre eux et leurs élèves, également redéfini dans cette perspective. De cette remise en question fondamentale, ils ont peur. Et la FSU, qui ne prospère que sur cette peur, fait échouer toutes les tentatives de réforme qui pourraient s'attaquer à ses causes. Elle parvient même à persuader parents et syndicats lycéens que c'est dans leur intérêt !

Le troisième sujet est aussi, pour les parents, un sujet de fantasmes et de terreurs. Il s'agit de « la drogue », comme on dit, justement parce que cette globalisation imprécise nourrit les fantasmes, alors qu'il faudrait dire « les drogues », au nombre desquelles figurent en bonne place le tabac et surtout l'alcool, qui ne sont pas interdits, eux, sous prétexte qu'ils « font partie de notre culture ».

Entendons nous bien : toutes les addictions sont dangereuses et il faut faire tout ce qu'on peut pour dissuader nos enfants de s'y exposer. Parmi elles, il y a les addictions à des produits toxiques et à des psychotropes qui modifient notre aptitude à maîtriser nos comportements, comme l'alcool, justement mais pas seulement bien sûr, et qui sont donc doublement dangereuses.

Mais on a vu comment, aux États-Unis il y a quelques dizaines d'années, la prohibition de l'alcool a fait prospérer les organisations maffieuses et multiplié les victimes d'empoisonnement par des produits frelatés, au point que leur gouvernement y a renoncé, jugeant en définitive le remède pire que le mal. Outre qu'il était manifestement inefficace. Car l'expérience montre qu'on ne peut pas durablement empêcher de se droguer par la contrainte un individu qui en ressent le besoin. On ne guérit ces sortes de maladies que si on réussit à s'attaquer aux causes, celles, diverses, du mal-être, pas aux symptômes.

Or, ce qu'on a compris pour l'alcool, on refuse obstinément de l'appliquer aux autres drogues alors que le problème est exactement le même. Le commerce des drogues interdites aux mains de groupes maffieux, c'est la tentation de l'argent facile pour les jeunes des banlieues, qui se mettent à leur service pour y faire régner la peur et en interdire l'accès à la police, mais aussi aux pompiers, au Samu, à tout ce qui pourrait y apporter un peu de sécurité. C'est un énorme gaspillage de moyens policiers qui seraient mieux employés ailleurs, en pure perte puisque la consommation de drogues diverses ne cesse de progresser dans tous les milieux, l'interdit ne faisant qu'ajouter à leurs autres attraits celui de la transgression, qui banalise en outre le mépris des lois.

L'État contrôle le commerce du tabac et de l'alcool et n'a aucun scrupule à présenter l'augmentation des taxes qu'il prélève sur lui comme faisant partie des campagnes de dissuasion qu'il finance. Pourquoi n'appliquerait-il pas aux autres drogues ce réalisme politique ? Pourquoi ne pas chercher là un financement complémentaire pour la Sécurité Sociale sur lequel toutes les formes de toxicomanie pèsent nécessairement in fine ?

Je crains de connaître la réponse : tant par l'argent mis en jeu que par l'insécurité qu'il entretient, cet énorme gâchis ne profite pas seulement au « grand banditisme » officiellement classé comme tel !

Car la peur entretient les peuples dans la soumission.

dimanche 7 novembre 2010

Qu'en pensez- vous ?

Voilà donc terminée la publication de "l'héritage", version remaniée et réécrite en tenant la gageure de n'écrire que ce que pourrait voir ou entendre un témoin extérieur (par exemple une caméra vidéo) de l'histoire racontée dan "puzzle". C'était pour moi un exercice difficile, car ma tendance naturelle est plutôtde synthétiser, de raconter et d'expliquer. Ai-je eu raison de m'y astreindre ? Pour le bénéfice personnel d'un exercice de sport cérébral, sans aucun doute. Mais pour les lecteurs ? Là ce n'est pas à moi d'en juger.
J'aimerais vraiment beaucoup que les lecteurs de "l'héritage" et en particulier ceux qui avaient déjà lu "puzzle", me disent quelle version ils préfèrent et, plus généralement, me fassent part de leurs critiques. Ce serait un beau cadeau d'anniversaire ! (J'ai soixante treize ans aujourd'hui.)
Et maintenant ? Quelle suite donner à ce blog ? Si vous avez des idées, je suis preneur !

vendredi 5 novembre 2010

l'héritage 13

L'été, bientôt.

- Si tu veux, Bruce peut te prêter un maillot, dit Fabienne à Régis, alors que les derniers nuages s'éloignent et qu'un soleil brillant commence à sécher le jardin après l'averse du matin.

- Oui, confirme Bruce. On va se baigner ?

- Euh…Oui ! Tu viens avec nous Anaïs ?

- Ben oui ! T'en fais pas, Bruce ! Si vous mettez vos maillots, moi aussi ! Tu sais où il est, le mien, Maman ?

- Les deux sont dans ta commode, ma chérie ! Le grand et le petit ! Je vous prépare des serviettes : j'ai oublié de rentrer celles qui étaient sur le séchoir hier soir et elles ont pris la pluie.

Les trois enfants disparaissent dans les chambres pour en ressortir bientôt prêts pour la baignade.

- Maman ! dit Anaïs, tenant à la main les bouts du cordon du côté gauche de son slip, dont elle a défait le nœud. J'ai grossi depuis l'été dernier, ça me serrait trop, tu peux m'aider ?

- Bien sûr, ma chérie. Mais… tu l'as pas mis… Ben si ! Regarde ! l'étiquette est devant !

- Zut ! fait la petite.

Et sans plus de cérémonie elle l'ôte pour le remettre dans le bon sens.

- Anaïs ! gronde Fabienne. Tu vas choquer ton frère et peut-être son ami.

- Pas de problème ! dit Régis en riant.

- Tu sais, hier soir, quand elle est sortie de l'eau elle en avait pas ! explique Bruce, souriant. Alors après tout, vous aviez raison toutes les deux l'autre fois. C'est son problème. Elle fait comme elle veut, moi aussi et Régis aussi.

- Ben moi, explique Anaïs, ça m'est égal qu'on me voie toute nue juste comme ça. Enfin… pas n'importe qui mais la famille et les amis que j'aime bien. Mais sinon je fais comme Zoé. Je trouve que c'est bien de faire comme les autres. Vous mettez vos maillots, moi aussi. Hier soir, Marco et Toto en avaient pas, moi non plus.

- Ça se défend ! approuve Régis. Tu trouves pas Bruce ?

- Oui, répond-il sobrement.

- Mais alors, reprend Régis, taquin. Si par exemple Bruce en met et moi pas, comment tu fais ?

Anaïs prend le temps de réfléchir., tandis que sa mère finit d'ajuster le dernier nœud.

- Ben alors, je fais comme j'ai envie ! J'en mets pas !

- Et alors, c'est Bruce qui se retrouve tout seul avec !

- Oui mais moi, j'ai pas dit que je voulais faire comme les autres fait observer Bruce, mi-figue mi-raisin.

- C'était pour rire, Bruce ! le rassure son ami.

Et les trois enfants se dirigent vers la piscine. Mais Anaïs revient sur ses pas pour demander à sa mère :

- Dis Maman ! Toto et Marco, tu crois qu'ils pourraient venir avec Régis une autre fois ? Moi je m'amuse bien avec eux !

- C'est vrai qu'ils sont plus de ton âge. Un mercredi après-midi, peut-être… Pas le prochain, parce que je crois qu'ils ont des projets avec Bruce, chez eux, mais le suivant… On verra ça !

- Alors mercredi prochain, Zoé et Thibaud pourraient venir ?

- Ça aussi, on verra ! Je leur téléphonerai !

Satisfaite, Anaïs court rejoindre les garçons.

***

Léa et les enfants débarquent chez Fabienne. Le temps est maussade et les pull-overs sont de rigueur ?

- Désolée, mes enfants, dit Fabienne, mais pour la piscine, aujourd'hui, ça me paraît compromis.

- Ben oui, dit Zoé. Puis au club ce serait pareil, alors…

- On va jouer dedans ! dit Anaïs. Ou alors dans le jardin mais… habillés, tant pis !

- Dans le jardin c'est mieux, dit Thibaud, on pourrait jouer au ballon !

- Évidemment, dit Léa, ça, le ballon, chez eux ils ne peuvent pas !

- À propos de chez nous, dit Thibaud, tu sais Fabienne, c'est décidé ! Léa va rester chez nous les samedis et dimanches.

- Ça te fait plaisir ? demande Fabienne pendant que les enfants sortent. Pour le coup tu vas passer beaucoup de temps avec Clément !

- Oui, répond Léa, rougissant une fois de plus. Ça me fait un peu peur aussi. Il me l'a proposé en me disant que les enfants insistaient mais que j'avais le droit de refuser. Je ne suis pas sûre que ça lui fasse plaisir, à lui. Je ne vais pas rester tous les week-ends : j'aurais peur qu'il en ait marre de me voir. Puis quand même, il y a ma famille…

- Tu es très raisonnable, ma petite Léa. Mais quand même, il faut savoir prendre des risques quelquefois ! J'ai l'impression que vous marchez tous les deux sur des œufs, de peur de casser quelque chose alors que vous mourez d'envie de vous jeter dans les bras l'un de l'autre !

- Peur de casser quelque chose, oui, c'est ça ! Je trouve que c'est déjà tellement formidable comme on est là ! Comment réagiraient les enfants, s'ils avaient l'impression que je veux prendre la place de leur mère ?

- Il ne s'agit pas de prendre la place de leur mère, Léa. Leur mère est morte, c'est du passé, elle restera toujours là, dans leur cœur, et même dans celui de Clément, mais ça n'a pas empêché que tu prennes ta place, à toi. Ils t'aiment, ils ont besoin de toi, Léa, pas d'une autre Mélanie !

- Les enfants, oui, je crois. Ma belle-sœur me dit la même chose. Mais Clément, je ne suis pas sûre. Et qu'est-ce que je peux faire ? Tu imagines, si je me mettais à le draguer et que lui… Comment on ferait après ?

- Tu as raison. Continue à être toi-même, ça devrait suffire…

- Tu es gentille de me parler comme ça. Ça me fait du bien, tu sais, j'ai… j'ai l'impression d'avoir trouvé une grande sœur.

- Je t'aime bien, Léa, dit Fabienne, visiblement émue. Je vous aime bien tous les… cinq !

Léa regarde par la porte-fenêtre. Les enfants sont en train de jouer au ballon et même David court parmi eux, de l'un à l'autre, apparemment ravi.

- Mais au fait ! reprend Fabienne. Si tu restes avec eux les week-ends, tôt ou tard les enfants voudront que vous alliez au club naturiste… tous les cinq !

- Ça, dès qu'il refera beau…

- Et ça t'inquiète ?

- Je te l'ai dit, je crois.

Fabienne rêve un instant.

- Amusant ! dit-elle enfin. Je crois que vous êtes dans le seul cas de figure où la nudité partagée pose un problème à un homme et une femme qui n'en ont pas pour la partager avec d'autres. C'est lorsqu'ils sont amoureux et n'ont encore jamais été nus ensemble. D'ordinaire, la banalisation du nu ne supprime pas, heureusement, mais permet de mettre entre parenthèses sa connotation sexuelle. Mais dans ce cas… elle ne se laisse pas faire, la connotation sexuelle !... Excuse-moi, ma belle ! Je ne peux pas m'empêcher de faire des analyses de prof !

- Je n'aurais pas su le dire comme ça, dit Léa avec un sourire un peu triste, mais je crois que tu as raison. Et tu vois une solution ?

- Puisque tu m'y encourages, je continue mes élucubrations. D'abord, si mon raisonnement tient debout, on peut dire que si Clément est aussi embarrassé que toi, c'est qu'il est aussi amoureux ! Attends : s'il ne l'est pas, embarrassé, ça ne prouve pas qu'il ne soit pas amoureux. Il ne faut pas oublier que c'est un vieux naturiste, lui, chevronné, cuirassé, complètement blasé devant la nudité. Enfin… pas si blasé que ça. Excuse-moi de m'en souvenir !

- La jalousie rétrospective, avec un veuf de trente-cinq ans, là je ferais mieux de prendre mes jambes à mon cou !

Fabienne rit.

- Ça me fait plaisir que tu puisses le prendre sur ce ton ! Donc… en fait ça m'étonnerait beaucoup qu'il ne soit pas embarrassé, même s'il s'efforce de ne pas le montrer. Donc, aller avec toi à votre club, il va traîner les pieds. Mais la seule solution radicale au problème… c'est que vous fassiez l'amour avant !... Mais non ! Arrête de rougir comme ça ! Tu vas exploser !

À son tour Léa éclate de rire. Puis elle reprend son sérieux pour dire :

- Tu as raison et… je n'ai rien contre. Parce que je sais que, pour les enfants, il ne prendrait pas plus que moi le risque de… rendre nos relations difficiles juste pour… Seulement je ne vois toujours pas comment nous pourrions en arriver là !

- C'est évidemment là le point délicat… Si j'ai une idée je te la dirai ! On se fait du thé ?

***

Thomas et Marco vont prendre leur douche et Régis et Bruce restent seuls dans la chambre.

- Tu sais que j'ai des nouvelles des cousins ? dit Régis.

- Et alors ?

- Ça se précise, pour le camping au bord de la piscine. Je leur ai parlé de toi. Ils disent que quand il y en a pour cinq il y en a pour six et que leurs parents n'ont rien contre. Seulement…

- Ya un problème ?

- C'est toi qui vois ! Je t'ai raconté, pour la douche aux vacances de Pâques ?

- Oui !

- Ben… Pas les parents, mais Jess et Romain, ils disent que la piscine comme elle est, et si en plus on dort à côté, ils vont pas souvent mettre les maillots pour s'y baigner.

- Ah bon !

- Nous, tu te doutes, avec eux, on n'en est plus à ça près, donc c'est sûr qu'on fera comme eux, mais toi… si déjà ça te gêne avec ta sœur, avec Jessica…

- C'est con ! J'en ai vachement envie d'y aller avec vous, mais…

- Écoute, j'ai une idée. S'il fait beau demain, puisque c'est d'accord que les frangins passent l'après-midi chez toi, avec Anaïs…

- Alors ?

- Tous les trois, l'autre fois ils avaient pas les maillots parce que c'était pas prévu, mais maintenant qu'ils ont vu qu'ils pouvaient se baigner sans, c'est clair qu'ils ont pas l'intention d'en mettre ! Et toi, avec nous, ça devrait pas te gêner !

- Ben… avec vous, non ! Mais avec Anaïs…

- Écoute, rien qu'Anaïs contre quatre garçons ! Tu crois pas que tu arriverais à l'oublier un peu ? Les frangins, ils ont pas hésité et moi… Elle est petite et elle fait pas gaffe, alors pas de problème non plus… Alors toi, je crois que si tu arrivais à t'habituer avec elle, peut-être qu'avec Jess… Parce que tu sais, Jess aussi, elle s'en fout complètement ! Elle fait vraiment pas gaffe qu'on est à poil ! Comme ta sœur avec mes frères, tu as bien vu !

- Oui. Tu as raison. Demain je vais essayer.

- Écoute, toi et moi on les laisse commencer, comme l'autre fois, puis si tu préfères on les rejoint en maillots, sans commentaires. Eux ils s'en foutent, ils remarqueront même pas. Et les maillots, on les enlève quand on est dans l'eau. C'est plus facile. L'été dernier, au camping, des fois on s'amusait à les enlever, dans la mer, avec les frangins, les copains et même les copines. On les remettait pour sortir, évidemment, mais alors les enlever dans l'eau, c'est trop facile, tu verras !

- D'accord : on fera comme ça. Et je verrai combien de temps je tiens sans le remettre. Et t'en fais pas ! Si je tiens pas longtemps, je recommencerai une autre fois. Et même rien qu'avec Anaïs, les autres jours, au besoin. Je vais m'entraîner jusqu'à ce que ça me fasse plus rien avec elle et même ma mère. Au fait, ma mère, il faudrait qu'elle soit d'accord aussi pour que je parte avec vous !

- Ça, si toi, tu es d'accord, je pense que la mienne s'en chargera.

***

C'est Anaïs, en jogging, qui accueille Marco et Thomas, pendant que les mamans s'embrassent et que les deux grands vont ranger le sac de Bruce.

- Maman veut pas que je me baigne parce que je suis enrhumée. Mais vous, vous pouvez y aller !

- Trop dommage ! dit Marco, l'air sincèrement désolé. On s'amusait bien tous les trois !

- Une autre fois ! Et quand vous en aurez assez de vous baigner on pourra quand même jouer !

Les petits sont déjà à l'eau quand les grands, en maillot, les y rejoignent.

- Anaïs se baigne pas ? s'étonne Bruce.

- Non ! Elle est enrhumée, explique Toto.

- Encore plus facile, souffle Régis à Bruce.

Et, discrètement, les deux garçons se débarrassent de leurs maillots qu'ils posent sur le bord de la piscine.

Pendant quelques minutes, tous les quatre nagent et plongent sans incident notable. Simplement, les petits sont seuls à grimper sur le mur pour sauter dans l'eau tandis que, derrière la porte-fenêtre, Anaïs les regarde avec envie.

Puis tout à coup…

- J'ai trouvé un chapeau, s'écrie Toto en se coiffant de l'un des maillots.

- Moi aussi ! s'écrie Marco en l'imitant avec l'autre, tandis que les propriétaires sont à l'autre bout de la petite piscine.

- Allez, laissez ça ! dit Régis en riant.

Mais dès que lui et Bruce ébauchent un mouvement pour venir récupérer leur bien, les petits sautent dans l'herbe et s'éloignent. Spontanément, Régis se lance à leur poursuite. Bruce, lui, hésite, décontenancé. Mais il se décide quand Régis lui crie :

- Viens m'aider !

Les quatre garçons se poursuivent dans l'herbe. Les petits jouent maintenant avec les maillots en se les lançant.

- Prends Marco, je prends Toto ! crie Régis.

- Maman ! Viens voir ! appelle Anaïs.

- Quoi donc, ma puce ?

- J'y crois pas ! Bruce joue dehors tout nu !

- Enfin il se lâche ! dit Fabienne. C'est tant mieux, mais ne te dépêche pas de lui montrer que tu l'as vu, il rentrerait dans sa coquille !

Pendant ce temps, ayant ceinturé les petits, les grands ont récupéré leurs maillots et du coup les ont remis pour retourner à l'eau.

Les petits se parlent à l'oreille, puis se jettent tous les deux à la fois sur Régis pour lui ôter le sien. Le grand frère se défend mollement, puis abandonne.

- Bon, d'accord, dit-il en riant. Mais soyez sympas, arrêtez de jouer avec !

Et tandis que Toto repose le maillot sur la margelle il lance à Bruce un regard significatif auquel celui-ci répond en déposant le sien à côté.

- Ça va ? lui souffle Régis.

- Ça va ! répond Bruce. Mais rien qu'entre garçons, c'est facile !

- Moi je trouve qu'en plus c'est super agréable, ils ont raison, les nains.

- Pour nager, c'est vrai !

- Même tout à l'heure, quand on leur courait après, dehors. Tu étais pas à l'aise, toi ?

- Au fond, si. Mais c'était comme chez toi, dans votre chambre, entre garçons !

- Tu sais, ta sœur, elle nous regardait par la fenêtre !

- Ah merde ! J'y avais pas pensé ! La vache !

- Non mais réfléchis, Bruce ! T'as bien vu comme elle était avec les petits l'autre fois ! Si elle nous regardait, c'était pas pour voir nos zizis ! C'est juste parce que ça lui faisait envie de nous voir jouer !

- C'est vrai, la pauvre ! En fait je suis con ! Qu'est-ce que ça me fait qu'elle m'ait vu tout nu, puisque si tu me l'avais pas dit… Mais j'y pense ! Maman veut pas qu'elle se baigne parce que l'eau est quand même encore froide, mais jouer dehors, quand même, elle pourrait !

- Peut-être ! Eh, les nains ! Anaïs, elle s'ennuie, là. Vous voulez pas aller demander à sa mère si elle pourrait pas jouer avec vous, au soleil, sans aller dans l'eau ?

- Ah oui ! dit Marco Tu as raison ! On y va, Toto ?

Les deux petits sortent de l'eau et se sèchent avant d'aller vers la maison sans pour autant se rhabiller.

- Tu peux venir dans le jardin ? On se baigne plus ! dit Marco.

- Maman ! Je peux ? Regarde : ya du soleil !

- Allez, va !

- Vous vous rhabillez, les enfants ? suggère Chantal.

- Oh non ! proteste Marco.

Chantal interroge Fabienne du regard.

- Je peux… comme eux ? demande Anaïs en tirant sur son haut de jogging pour compléter sa question.

- D'accord, mais vous ne restez pas à l'ombre sans bouger !

- On joue à Chat ? C'est moi qui y suis ! dit Anaïs sitôt dans le jardin.

- Oui mais attends ! À part le mur de la piscine, où est-ce qu'on peut se percher ? demande Thomas.

- Il y a la marche, là devant la porte, le petit banc, là-bas au fond, et la corde à nœuds sous l'arbre. Dès que les deux pieds touchent plus par terre c'est bon.

- D'accord ! disent les garçons en s'enfuyant chacun vers l'un des perchoirs mentionnés.

- Bon ! dit Anaïs. Mais vous restez pas perchés, il faut descendre !

- D'accord, mais tu restes pas trop près, sinon on peut pas !

Anaïs se poste au milieu du jardin, bien au soleil et fait semblant de surveiller Thomas. Mais dès que Marco s'aventure dans l'herbe, derrière elle, elle se retourne d'un coup et réussit à le toucher avant qu'il ait pu se percher.

- Eh ! les grands ! Vous jouez pas avec nous ? appelle Marco.

- Non, dit Régis. Nous, on est trop forts pour vous ! On va rentrer jouer dans la chambre de Bruce. Tu viens, Bruce ?

Et, sans plus se préoccuper des maillots que son frère vient à nouveau de rafler en passant, Il s'en va tranquillement prendre une des grandes serviettes étendues sur le séchoir pour s'essuyer.

Une fois encore, Bruce hésite quelques secondes, puis fait de même en s'efforçant d'imiter son détachement. Et c'est revêtus de ces serviettes mais sans se soucier de cacher plus particulièrement leurs sexes que tous deux se dirigent vers la porte.

- Eh ! Vos maillots ! leur crie Marco.

- T'as qu'à les mettre sur le séchoir ! répond Bruce en rentrant dans la maison.

Sans avoir l'air de remarquer les regards étonnés des mamans, toujours en train de bavarder devant leurs tasses de thé, les deux garçons se dirigent vers la chambre. Dès la porte refermée derrière eux, ils se plantent face à face et claquent au dessus de leurs épaules main droite contre main droite, dans un geste de triomphe qui entraîne accessoirement la chute des serviettes.

- Soldat ! Je suis content de toi ! proclame Régis.

- Ya encore du boulot pour que j'aie plus besoin de me forcer, avoue Bruce, mais… ça vient ! Bon ! Et maintenant ? On se rhabille ?

- Comme tu veux, mon vieux ! T'as plus l'intention de te baigner ?

- Je sais pas. Peut-être tout à l'heure… répond Bruce, le caleçon à la main.

Puis il comprend la question de son ami et le lâche.

- C'est vrai, on n'en a peut-être pas besoin ! C'est comme tu préfères.

- Moi, je m'en fous. Mais je crois que toi tu es quand même plus à ton aise habillé, non ? Alors on s'habille et si on retourne se baigner tout à l'heure, ben on se redéshabillera, et voilà !

***

C'est le repas du soir chez Clément.

- T'as vu, Papa ? dit Thibaud. L'appartement d'à côté, il est à vendre !

- Oui. Et ça t'intéresse ? Les voisins, on les rencontre sur le palier ou dans l'ascenseur mais à part « bonjour, bonsoir »...

- Un couple âgé, à qui la famille du fils vient rendre visite de temps à autre, je crois, dit Léa. Enfin je suppose que c'est le fils. Ils sont toujours très aimables.

- Ben, reprend Thibaud, je pensais… Si Papy et Mamie cherchent un appartement à Lyon, peut-être que ça les intéresserait !

- Oh oui ! s'enthousiasme Zoé. Ce serait drôlement bien qu'ils habitent à côté de nous !

- C'est une idée, ça ! approuve Clément. Je vais leur en parler… Me renseigner et leur en parler.

- Mamie pourrait nous garder, des fois ! Comme ça Léa aurait plus de liberté, dit Thibaud.

- En fait dit Léa qui a rougi, vous n'auriez peut-être plus besoin de moi du tout !

- Oh non ! protestent en chœur Thibaud et Zoé.

- Il n'en est pas question ! affirme Clément. Naturellement, Léa, si vous voulez reprendre votre liberté nous ne pourrons pas vous en empêcher, mais… pratiquement, même si mes parents habitaient à côté il n'est pas question de leur donner cette charge. De temps en temps je ne dis pas, ça vous donnerait un peu plus de liberté, comme dit Thibaud, mais sinon…

Clément prend la main de Léa qui tremble un peu sur la table.

- Nous avons besoin de vous, Léa. Tous les trois !

- Oh oui, Léa ! approuvent les deux enfants, à l'unisson.

Léa hésite visiblement à parler. Elle murmure enfin :

- Vous êtes gentils de me dire ça mais… des baby-sitters, il y en a d'autres !

- Mais on n'en veut pas d'autre, nous ! proteste Zoé. Dis-lui, Papa !

- Vous le savez bien, Léa ! reprend Clément. Vous savez bien que vous êtes devenue bien autre chose qu'une baby-sitter ! Vous et le petit, vous êtes de notre famille maintenant !

Clément tient toujours la main de Léa, dont les yeux s'emplissent de larmes.

- Ben pleure pas ! dit Zoé en venant lui faire un câlin. Tu nous quitteras pas, dis !

- J'ai pas envie de vous quitter ma chérie, dit Léa en l'embrassant.

- Câlin, Maman ! réclame David qui vient grimper sur ses genoux.

- Ben moi, commence Thibaud, je dis que…

Tous les regards se sont tournés vers lui. Il rougit, avale sa salive et continue :

- Je dis que tu n'es pas notre maman, parce que personne peut la remplacer. Mais même avant, quand ils étaient séparés, Papa il avait des copines des fois, et même Maman elle disait que c'était normal. Alors moi je dis que si Papa a envie d'une copine, nous on voudrait bien que ce soit toi.

Zoé applaudit et David en fait autant à tout hasard.

Plus rouge que jamais, Léa trouve un sourire pour répondre.

- Tu es gentil, Thibaud. Mais tu sais, ses copines, c'est ton Papa qui les choisit. Lui, il n'a peut être pas du tout envie que ce soit moi !

- Ça, dit Clément, il faudra qu'on en parle tous les deux, si elle veut bien. Mais tous les deux, quand vous serez couchés.

En attendant, leurs regards et la pression de leurs mains constituent une réponse éloquente que Léa interrompt comme à regret pour poser David à terre et se lever en disant :

- J'apporte le dessert.

***

Le soleil est déjà haut dans le ciel et, chez Fabienne, jardin et piscine en sont baignés quand Bruce et Anaïs, l'un en pyjama l'autre en long tee-shirt sortent simultanément de leurs chambres respectives. Fabienne les attend à la cuisine, où ils vont l'embrasser. Les tartines sont prêtes sur la table ainsi que les bols n'attendant plus que le chocolat chaud.

- Vous voulez déjeuner ?

Bruce regarde par la porte-fenêtre et propose à sa sœur

- Tu veux pas qu'on aille se baigner un petit coup avant ?

- Oui, dit Anaïs.

Et tous deux, abandonnant sur l'herbe pyjama et tee-shirt courent nus vers la piscine, tandis que Fabienne les suit des yeux en souriant.

***

Bruce, Régis, Toto, Anaïs et Marco ont investi piscine et jardin quand Léa arrive avec David, Zoé et Thibaud qui vont aussitôt les rejoindre après avoir déposé leur paquet-cadeau auprès des autres, déjà empilés dans un coin du salon.

- Ça va lui faire onze ans ?

- Eh oui, déjà… enfin, demain, mais on fête ça ce mercredi et il remettra ça chez son père samedi. Et toi alors, ma petite Léa, quoi de neuf ? Tu as l'air rayonnante !

- Eh bien… samedi et dimanche derniers nous avons passé la journée au GCR, le club naturiste.

- Ah bon ! Avec Clément ?

Léa sourit.

- Oui.

- Et… Parce que…

- Oui !

- Mon Dieu que je suis contente pour vous ! Et pour les enfants ! Et maintenant alors ?

- Plein de projets ! Les parents de Clément vont sans doute acheter l'appartement d'à côté et il y a une chambre qu'ils nous laisseraient, pour Clément et moi. Avec un interphone et seulement le pallier à traverser, les enfants peuvent rester seuls dans leur appartement, juste pour la nuit. On pourrait même imaginer de faire communiquer les entrées. Parce que lui et moi dans la chambre de Mélanie, je crois que ça nous gênerait tous et le salon où je dors… Provisoirement ça va, mais… Et comme ça, quand Thibaud et Zoé auront envie d'une chambre chacun… L'appartement est à eux, d'ailleurs !

- Et David, alors ?

- Je crois qu'il y aura aussi un aménagement possible, mais de toutes façons rien ne presse : pour l'instant ils sont ravis de dormir ensemble, tous les trois. Voilà. Et puis pour les vacances qui viennent, il y a le club, bien sûr : les enfants n'ont pas envie d'aller en colo, et leur amie Clara aussi sera là. Puis, en août, dans le campement que Clément a retenu avec ses parents à La Sablière, il paraît qu'on n'aura pas de mal à nous caser en plus, David et moi…

Fabienne sourit.

- Je ne t'ai jamais vue aussi… volubile ! Tu es heureuse comme une gamine ! Tu es … rafraîchissante. Je comprends que les enfants te considèrent plutôt comme une grande sœur ! Ma parole, entre Clément et toi ça en deviendrait presque incestueux ! Non ! Ne te trouble pas ! Ce n'est qu'une mauvaise plaisanterie. Je suis vraiment heureuse pour vous.

- Et vous, tes enfants et toi, qu'est-ce que vous faites pour les vacances ?

- Eh bien, pour le mois de juillet, le mien, août c'est chez leur père, Bruce est invité quinze jours chez les cousins de son ami Régis dans le Var. Je pense que je vais m'inscrire au GCR, moi aussi, on vous y retrouvera peut-être, et puis il doit y avoir d'autres enfants… Et vous serez toujours les bienvenus ici, mais je ne veux pas condamner ma puce à y rester seule avec moi pendant que son frère sera parti. Une semaine chez mes parents, en Auvergne, quand il sera de retour : ils ont envie de nous voir mais ils ne supportent pas longtemps. Faut dire que ça manque un peu de place. J'aurais bien aimé une semaine ou deux dans un camping naturiste mais… c'est seulement depuis quelques jours que je sais que ça aurait été possible et… c'est trop tard pour réserver ! Parce que, il y a seulement quinze jours, ça paraissait inimaginable avec Bruce !

- C'est vrai ! dit Léa en regardant par la porte-fenêtre ouverte les huit enfants nus qui jouent ensemble, allant et venant sans cesse entre l'eau et l'herbe. C'est vrai qu'il était… réfractaire ! Le voilà converti ?

- Peut-être pas encore complètement : je ne me risque pas encore, moi, à me mettre nue dans le jardin quand il y est. Il a commencé par admettre la nudité partagée entre garçons, grâce à Régis et à ses frères, il en est maintenant à l'accepter entre enfants des deux sexes, ne brusquons pas les choses… Le naturel d'Anaïs l'a bien aidé. Et aussi, la perspective des vacances chez les cousins de Régis. Si j'ai bien compris, il s'agit d'un Romain et d'une Jessica, jumeaux de bientôt douze ans, avec qui on camperait au bord d'une piscine et qui n'ont pas l'intention de mettre de maillots pour s'y baigner… Je ne sais pas ce que feront les parents, pas naturistes à priori mais… ouverts. Je leur fais confiance et lui, ça ne semble pas l'inquiéter… Mais te voilà bien rêveuse !

- Je les regarde jouer ! C'est tellement beau ces enfants complètement libres, délivrés de cette honte qu'on nous avait imposée !… Tu aurais imaginé ça, toi, il y a un an ?

- Pas une seconde ! Et je pense à l'enchaînement d'événements qui nous y a conduits, les enfants, toi et moi… L'héritage de Mélanie…

- C'est vrai… Tu crois qu'elle nous voit ?

- Va savoir…

FIN